Solide comme un Mirage 2000N

Alors qu’il est maintenant prévu que ce soit un Mirage 2000N escorté par des Rafale qui défilera en tête du défilé aérien sur les Champs-Elysées — ouvert comme à l’habitude par la Patrouille de France et les fumées tricolores de ses Alpha Jet —, le 14-Juillet saluera ainsi la permanence de la composante aérienne nucléaire. D’abord, représentée par ce chasseur-bombardier de Dassault Aviation qui aura été au cœur de la dissuasion pendant trois décennies et, ensuite, son retrait prochain du service d’un avion encore opérationnel au sein de l’Escadron de chasse 2/4 «La Fayette», qui sera remplacé d’ici à deux mois par des Rafale.

Avec un taux d’attrition opérationnelle de 15% (soit douze avions perdus en trente ans entre 1988 et 2018 sur un parc de soixante-quinze avions), le Mirage 2000N est de tous les chasseurs de l’armée de l’Air celui qui, en dehors du Rafale (un seul avion perdu en quinze ans sur un parc de quelque cent vingt avions de types B et C), aura présenté le taux de perte le plus faible. Ce qui est tout à l’honneur des équipages des FAS et de l’excellence de leur entraînement intensif et de la difficulté de leur mission principale au cours de laquelle trois équipages ont perdu malheureusement la vie en service aérien commandé.

Anecdotique quant à la solidité de cet avion, un treizième avion (le Mirage 2000N n° 324) mis en ligne au cours de l’année 1989 aurait dû figurer au tableau des pertes de l’armée de l’Air, mais c’est faire offense à la solidité exemplaire des avions Dassault…

Alors qu’il était en service à Istres au sein de l’Escadron de chasse 3/4 «Limousin» en 1996, le Mirage 2000N n° 324 eut à subir une violente collision avec un volatile lors d’un vol à basse altitude au sud du Massif Central, sortie aussitôt interrompue obligeant au retour prudent à la base en raison d’une forte baisse de régime moteur conséquence de l’ingestion du rapace. Hélas, en approche finale de la BA 125, une extinction du turboréacteur M53-P2 a obligé le pilote et le navigateur à s’éjecter en application des consignes de sécurité, un rallumage moteur étant impossible en raison du manque d’altitude…

Sauvés par leur parachute, pilote et navigateur se posent indemnes en rase campagne… sans savoir que leur avion, bien «trimé», va poursuivre son vol plané horizontal et se poser tout seul, moteur éteint, dans un champ contigu en subissant des dommages structurels mineurs. Récupéré puis réparé en usine par Dassault Aviation à l’issue d’un entretien majeur approfondi et d’une mise au standard K2, le n° 324 allait être remis en service à l’EC 3/4 en décembre 2003 puis poursuivre sa carrière opérationnelle au sein de l’EC 2/4 à Luxeuil à partir de juin 2005. A l’été 2010, écarté de la modernisation au standard K3, il est remisé sur l’ex-BA 729 de Châteaudun afin de servir de réservoir de pièces de rechange pour les trente autres Mirage 2000N modernisés autorisés par la DGA, qui ont poursuivi la mission de dissuasion nucléaire avec l’ASMP-A aux côtés des Rafale B de l’EC 1/91. Une gestion de parc aéronef exemplaire.

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