Une LPM de livraisons, enfin !

Pour l’armée de Terre, la LPM 2019-2025 devrait être une LPM de modernisations et de livraisons, après deux exercices précédents essentiellement caractérisés par les commandes et les contractualisations. Ces dix dernières années, l’armée de Terre a perdu la moitié de ses chars, de ses pièces d’artillerie, tout comme un quart de ses régiments et hélicoptères. La situation des effectifs est aujourd’hui stabilisée : les besoins de recrutements sont donc logiquement en baisse (14 000 contre 15 500 par an) et, fait relativement nouveau, de nombreuses unités peuvent faire leur retour dans les camps pour s’entraîner. Pour la prochaine LPM, l’armée de Terre a placé les besoins en équipements au cœur de ses priorités, peu de matériels ayant été livrés dernièrement (MMP, fusil HK-416…).

Pour le MGAT, le général Bernard Barrera, la prochaine LPM devra répondre à trois grandes priorités : «réparer», «régénérer» et «moderniser». «Réparer», pour être en mesure de faire la guerre sur tout le spectre, ce qui signifie par exemple de remplacer les obusiers AuF-1 (par 36 Caesar), de se doter de moyens de franchissement et de défense sol-air adaptés, tout en comblant les «réductions temporaires de capacité» conséquence d’équipements individuels disponibles en trop petites quantités. «Régénérer» implique de moderniser une infrastructure ancienne et souvent dégradée, ainsi que de renforcer le MCO, dont le budget constant peine à soutenir une flotte vieillissante. Enfin, «moderniser», c’est poursuivre, en l’accélérant, un programme Scorpion concentrant à lui seul 80% de l’effort de modernisation de l’armée de Terre (les premiers véhicules Griffon seront livrés en fin d’année).

Ces moyens matériels doivent permettre de répondre à l’ordre de mission du Président de la République, qui souhaite pouvoir disposer de la «première armée européenne». Cela signifie notamment d’être suffisamment aguerri et dimensionné pour entrer en premier et durer sur tout type de théâtre, en Estonie ou dans la BSS. Un officier général indiquait récemment que si l’armée de Terre était déjà, en aguerrissement, la première armée d’Europe, la résilience des armées françaises tient aussi au fait qu’elles bénéficient d’un fort soutien politique et de la population, sans équivalent sur le continent.

Ce sera aussi, pour l’armée de Terre, une LPM de «vigilance», notamment sur le respect par les industriels des durées de réalisation et des performances des matériels livrés. Vigilance également sur le sur-emploi des hommes en OPINT, qui pèse lourdement sur le dispositif (notamment l’instruction), une génération de lieutenants et capitaines n’étant pas partie en OPEX entre 2015 et 2017 alors que certains font aujourd’hui jusqu’à 200 jours de Sentinelle par an… En conséquence, la durée des missions de deux mois sera réduite, reste à savoir à combien : un mois ? Six semaines ? Enfin, il s’agira aussi de faire progressivement évoluer le dispositif Barkhane (vers un format plus souple) et le format «Au Contact», avec des ajustements jugés nécessaires en termes d’aguerrissement, de cynotechnie et dans le domaine cyber.

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