LPM : «Le mort saisit le vif»

Comment la future Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 parviendra-t-elle à résoudre la difficile équation consistant à intégrer les commandes passées par les gouvernements précédents – le «mort saisissant le vif» – tout en préparant l’outil militaire de demain ? Ceci compte tenu du «format» actuel des armées françaises, structurées autour du binôme dissuasion/armée expéditionnaire.

Après une LPM bâtie autour de la survie industrielle, devant surtout assurer suffisamment de production pour préserver les savoir-faire industriels, il s’agira cette fois de réussir le pari de la cohérence capacitaire, étant entendu que la trajectoire budgétaire prévue ne permet pas d’envisager en même temps le renforcement – indispensable – du modèle existant et le lancement d’une panoplie de capacités dites du «haut du spectre».

L’urgence est aujourd’hui à la densification d’un modèle d’armée polyvalent qui a fait ses preuves sur les théâtres de la BSS ou du Moyen-Orient, mais qui manque d’épaisseur – de masse – et reste fragile. Cela concerne autant le renouvellement des blindés de l’armée de terre et des avions-ravitailleurs que la densification des moyens de transport tactique, de chasse ou d’artillerie. Mais aussi (et surtout) la question du déficit en matière de ressources humaines, sur lequel ont particulièrement insisté les trois chefs d’état-major dans leurs récentes auditions. D’autant que les besoins du soutex et l’évolution des grands contrats exports vers davantage d’accords de gouvernement à gouvernement risquent de faire peser un poids croissant sur les effectifs du ministère.

La question du lancement de certaines capacités stratégiques ou du haut du spectre ne pourra donc se poser qu’en fin de LPM, si, bien sûr, la trajectoire budgétaire le permet. Alors que les premières études devraient être lancées en début de cycle. Pour partie portées par la dissuasion, ces capacités seront essentielles au maintien de certaines compétences industrielles, à celui de la crédibilité capacitaire de la France dans ses opérations en coalition comme vis-à-vis des menaces étatiques. En particulier les capacités d’entrée en premier, la densification des moyens de défense sol-air, le renforcement des moyens spatiaux ou l’augmentation de la cible de SNA. Mais aussi deux chantiers majeurs relevant directement d’une volonté politique : l’avenir de l’aviation de chasse (et en même temps de l’aéronautique militaire européenne !) et le choix d’un second porte-avions.

Faudra-t-il envisager une rénovation à mi-vie significative du Rafale (avec ajout de briques de furtivité, de nouveaux moyens de guerre électronique…) ou après l’accord de juillet 2017, Paris et Berlin aboutiront-ils à un projet franco-allemand de futur avion de combat, soutenu notamment par Airbus et préservant l’avenir de l’ensemble de la filière ? L’enveloppe budgétaire, revue à la hausse, des études amonts devrait permettre à l’industrie de préparer ces hypothétiques capacités d’avenir, même s’il leur faudra être en mesure «d’absorber» ce pic à un milliard d’euros.

Quant à la dissuasion, si la voie semble tracée pour la composante océanique, reste à définir la future capacité aéroportée et ses problématiques technologiques de furtivité et d’hyper­vélocité, cette dernière posant d’entrée la question des futurs moyens de trajectographie. D’autant que quels que soient les choix retenus pour le missile, ils seront directement liés à ceux de son futur porteur, et donc aux évolutions du Rafale et à son éventuel successeur. Ainsi, en fonction des arbitrages capacitaires et budgétaires qui seront retenus, le Président de la République disposera – ou pas – d’un outil indispensable au rôle qu’il veut faire jouer à la France, en Europe et dans le monde car on n’est jamais autant écouté diplomatiquement que lorsqu’on est respecté sur le plan militaire.

 

Articles similaires :