Les risques d’instrumentalisation de la «guerre spéciale»

En raison de la prolongation des conflits actuels en Afghanistan, Syrie, Irak, BSS, et du coût humain qui en est le corollaire, les gouvernements occidentaux s’appuient de plus en plus sur l’emploi des Forces Spéciales (FS). Résolument ancrées dans la culture de résultat, la légèreté de leurs moyens présente pourtant plusieurs risques pour la résolution des conflits, avec en premier lieu l’instrumentalisation de leurs actions par les pouvoirs locaux.

Qu’elles soient anglo-saxonnes ou françaises, la vocation des FS repose largement sur l’entraînement, le support aérien et le renseignement technique des forces locales. Mais quel que soit le théâtre des opérations, la consolidation du renseignement humain reste irremplaçable dans le cadre des opérations antiterroristes, et l’appréciation autonome de situation critique pour la résolution des conflits. Or, c’est toujours par ces deux biais que les FS occidentales sont manipulées pour servir le plus souvent les luttes claniques.

En raison de leur tropisme tactique et les opérations HVI, les FS n’ont que trop peu investi dans les outils d’analyse systémique. Seuls les Américains disposent d’un centre de renseignement dédié FS, qui permet au commandement de disposer de sa propre analyse de situation mais aussi de solliciter des flux non militaires (presse locale, ONG, département d’Etat ou de l’Agriculture, télécoms…). Mais surtout, en raison des risques liés au travail de collecte sur le terrain, les FS sont de plus en plus dépendantes des renseignements fournis par les forces de sécurité locales, au point d’en altérer leur jugement, voire de les placer dans des situations susceptibles de remettre en question leur déploiement.

La France, prisonnière du paradigme «groupes armés signataires contre groupes armés combattants» au Mali, a ainsi trop longtemps ignoré les origines communautaires du conflit et n’a découvert trop tardivement que c’est la corruption et les violences exercées par les forces de sécurité locales qui servaient la stratégie de radicalisation des Peules par AQMI. C’est tout aussi tardivement que les SAS britanniques et australiens ont perçu que Boko Haram était soutenu par les populations tout autour du Lac Tchad, afin de mettre un terme aux taux d’usure pratiqués dans la zone grâce à l’application de la charia.

En août 2017, l’USSOCOM est intervenu contre un camp présumé de combattants Shabaab. Ceux-ci avaient été exfiltrés par les forces somaliennes avant l’opération, et les dix civils exécutés par les Américains ont servi de mesure de rétorsion dans le cadre d’un règlement de compte clanique. Une carence qui conduit les mêmes Américains à héberger aujourd’hui sur leur sol les médias numériques de certaines milices djihadistes libyennes, à l’image du groupe de presse Al-Nabaa…

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