Les industriels allemands et l’export

Il aura fallu que l’assassinat brutal du journaliste Jamal Khashoggi par les services secrets saoudiens devienne une affaire diplomatique mondiale pour qu’Angela Merkel se décide à annoncer, lundi dernier, la suspension de toutes les ventes d’armes allemandes vers l’Arabie saoudite. Pour l’instant, cette interdiction ne concerne pas les ventes déjà autorisées et les livraisons en cours, comme celle de plusieurs vedettes rapides pour la marine saoudienne. «Nous étudions encore la chose», a simplement déclaré le porte-parole de la chancellerie fédérale, Steffen Seibert, qui promet une clarification.

En réalité, les recherches des médias allemands auprès des administrations adéquates ont montré que le gouvernement n’avait pas de vue d’ensemble sur les ventes autorisées et ne sait pas, ou ne veut pas communiquer, quels matériels ont déjà été livrés ou pas. Sachant que l’Arabie saoudite a dépensé moins de 2% de son budget militaire 2013-2017 pour acheter des armes allemandes, l’annonce de madame Merkel n’est qu’une piqure de moustique pour Riyad.

Mais l’inverse n’est pas tout à fait vrai et la Fédération allemande des industries de défense (BDSV) est montée au créneau en la personne de son secrétaire général Hans Christoph Atzpodien. Celui-ci s’est exprimé le mardi 23 octobre dans les pages du quotidien Handelsblatt : «Ce n’est pas à nous d’évaluer ce qui s’est passé dans le consulat saoudien à Istanbul, ni de décider des conclusions que le gouvernement fédéral doit en tirer», a-t-il expliqué en déclarant qu’il respectait la position d’Angela Merkel.

Mais M. Atzpodien a aussi rappelé que si le contrat de gouvernement signé entre les partis de la coalition prévoyait un arrêt des livraisons militaires vers tout pays impliqué dans le conflit yéménite, il garantissait en même temps que les affaires déjà en cours puissent être menées à leur terme. M. Atzpodien ajoute «qu’à ce titre, nous demandons que le gouvernement fédéral dise ce qui va se passer avec les commandes en cours dans le contexte actuel. Les entreprises d’armement ont besoin, dans le cadre de contrats dûment autorisés, de cette garantie sans laquelle on pourrait penser que la politique se fait sur leur dos».

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