Yémen : aide massive de Washington

Deux ans après le début de la guerre contre les Houthis, Washington se préparerait à aider massivement l’effort de guerre saoudien au Yémen, dans le but de réduire l’influence de l’Iran dans la région. Cette aide se déclinerait selon plusieurs axes : accroître les fournitures d’armes, soutenir Riyad en renseignement ISR et en frappes de drones, et surtout reprendre aux Houthis certains points stratégiques.

Le Port d’Hodeidah sur la mer Rouge serait considéré comme une priorité. Sa reprise permettrait non seulement de couper les Houthis de leurs principaux flux logistiques, mais surtout d’accueillir, dans un second temps, l’envoi d’une flotte humanitaire destinée à endiguer les risques croissants de famine susceptible de toucher à très court terme près de 60% de la population yéménite. Comme toujours, les enjeux humanitaires justifieraient une intervention militaire dont les enjeux sont multiples.

Selon le porte-parole des opérations de la coalition au Yémen, le général Ahmed Asiri, à la faveur du réchauffement des relations entre Riyad et Washington depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les pourparlers auraient débuté en termes de renseignement, de livraison de matériels et d’entraînement des pilotes saoudiens. Le département d’Etat aurait récemment approuvé la vente en urgence de munitions guidées pour un montant de 390 millions de dollars.

Ce rapprochement et cette implication sont surtout la conséquence logique des efforts de J. Mattis, le secrétaire à la Défense, qui est un adversaire convaincu de Téhéran. Le mois dernier, il a envoyé un mémo au conseiller à la sécurité nationale, H.R. McMaster, pour lui recommander une aide militaire massive en faveur de Riyad mais aussi des EAU. En fait, l’aide militaire américaine en termes de renseignement serait massive depuis le début du conflit, car il s’agissait d’une opportunité sans précédent pour tenter d’écraser les sanctuaires d’Al-Qaida dans la Péninsule Arabique, dont le Yémen est le point névralgique.

La reprise d’Hodeidah n’est pas non plus une idée récente : cette demande émiratie avait été rejetée l’année dernière par Obama. Cette fois en revanche, soutenues par les Forces Spéciales Américaines et l’US Air Force, les troupes émiraties prévoiraient de prendre le port d’assaut. Selon un tel scénario, il est probable que Téhéran réagisse par des attaques hybrides contre le trafic maritime transitant par le Golfe. Mais surtout, Washington sera très vite amené à gérer une contradiction en cas d’intervention car celle-ci pourrait bien se retourner contre elle.

Si le World Food Program a bien confirmé que 17 millions de Yéménites sont en situation d’urgence alimentaire, le dernier rapport démontre également que cette situation est imputée aux opérations aériennes de bombardements de la coalition anti-Houthis. Jusqu’à présent, la guerre aurait fait près de 10 000 morts. Un piège que Téhéran comme Al-Qaida pourraient utiliser pour renforcer leurs positions au sein des populations locales…

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