Syrie : arrêt sur image

L’émotion suscitée par l’attaque chimique présumée de la ville syrienne de Khan Sheikhoun et la réplique américaine qui lui a succédé se sont accompagnées de nombreuses distorsions des faits qui appellent quelques précisions.

Khan Sheikhoun est un carrefour logistique important non pour les «rebelles» syriens mais bien pour Al-Qaida et sa coalition HTS. La vidéo réalisée par le drone d’un habitant, Hadi Al-Abdallah, peu après l’attaque, a clairement révélé la présence de seize silos de plusieurs mètres de diamètre situés à côté d’un entrepôt et localisés au sein d’un périmètre de sécurité. Un dispositif que confirment par ailleurs les archives de Terraserver.

Le compte Twitter des spotters de Syria Sentry et les données diffusées par le Pentagone évoquent une attaque survenue à 6h30 heure locale quand Damas et Moscou évoquent, eux, 11h30. Quelques heures plus tard, un tweet du député d’Alep, Fares Shehabi, diffusait un cliché (depuis effacé), qui montrait les félicitations du chef d’état-major syrien au pilote de l’appareil, le colonel Hassouri. Les forces loyalistes ont à plusieurs reprises utilisé des armements chimiques depuis le début de la guerre civile mais la réaction de Washington est sans précédent avec le tir de 59 missiles de croisière Tomahawk sur la base aérienne de Shayrat, à laquelle est rattaché Hassouri.

Alors que les experts éprouvaient les plus grandes difficultés à confirmer les 59 impacts au sol sur les clichés satellites diffusés par Global Image, le porte-parole de la Maison-Blanche s’empressait d’annoncer sur CNN, le 11 avril, la destruction de 20% des forces aériennes syriennes. En fait le bilan est bien plus modeste, puisque la base de Shayrat ne compte que des Sukhoi 22 (dont plus des trois quarts ont survécu à l’attaque) et que le fer de lance de l’aviation syrienne est constitué, selon les estimations de la revue Jane’s, de 94 Mig-29.

Si le président américain a voulu apparaître en justicier aux yeux de l’opinion publique internationale, il a surtout tenté de rassurer le Congrès, les forces armées et la communauté du renseignement sur sa loyauté. Et ce en plein scandale médiatique sur les liens de plusieurs membres de son comité de campagne avec l’ambassade de Russie. La base de Shayrat est en effet connue dans les milieux du renseignement américain comme une base de transit utilisée par les appareils russes en raison de la saturation de leur base de Hmeimim…

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