Services russes et manipulation

Les services de renseignement russes se sont-ils vraiment lancés dans une opération de manipulation de l’opinion publique allemande ? C’est la question que leurs collègues allemands se posent, ceci alors que l’Allemagne vote dans huit mois et que, pour leur part, les confrères américains sont convaincus que les élections américaines ont été influencées sur ordre de Moscou.

Le résumé des recherches du BND et du BfV est aujourd’hui consigné dans un rapport qui se trouve, depuis l’automne dernier, sur le bureau du chef de la chancellerie fédérale, Peter Altmaier, ainsi que le rapporte la cellule d’investigation commune au quotidien Süddeutscher Zeitung et aux TV publiques NDR et WDR.

L’initiative de ce rapport a été prise après que des médias publics russes, mais aussi le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, aient contribué à alimenter la rumeur selon laquelle Lisa, une jeune fille allemande d’origine russe, aurait été violée par des réfugiés début 2016, soit quelques jours après les agressions sexuelles de Cologne.

Le «cas Lisa» a conduit à des manifestations houleuses devant la chancellerie fédérale, ainsi qu’à une abondante propagande anti-réfugiés sur les réseaux sociaux populistes et d’extrême-droite. Et ce, bien que la police allemande ait rapidement démontré que l’histoire avait été montée de toutes pièces. C’est donc ce genre de faits que le rapport a tenté de tester, de relier et d’analyser.

Au bout du compte, les services allemands sont toujours convaincus du bien-fondé de leur thèse. Mais il semble qu’ils aient eu du mal à apporter des preuves flagrantes d’une «manipulation d’Etat». Ce qui explique le maintien au secret du rapport par M. Altmaier, qui répugne à se servir d’un document sans conclusion précise.

Aujourd’hui, la question que les services allemands se posent est de savoir si le gouvernement russe n’est vraiment pas impliqué dans une opération d’ingérence de grande ampleur, ou s’il est suffisamment malin pour agir sans se faire repérer. Car, indépendamment des politiques éditoriales résolument anti-Merkel de médias comme Russia Today et Sputnik News, ou encore des cyber-attaques opérées, par exemple, sur le système informatique du Bundestag (et dont l’origine est difficile à déterminer catégoriquement), il existe des cas patents de diffusion de fausses informations en Allemagne, avec volonté de manipuler ou d’influencer.

Cependant, si les responsables de ces agissements sont souvent actifs dans la sphère d’influence russe en Allemagne, le BND n’a jamais pu trouver de liens directs avec le FSB et autres services russes. C’est la même chose dans le cas des écoles de combat Systema, que certains accusent d’appartenir au «complot». Certes, des liens entre certaines de ces écoles et les milieux de la sécurité russe existent. Mais, dans le rapport, le BfV (renseignement intérieur) exclut de manière quasiment certaine la possible implication d’agents russes.

Pour l’instant, le fameux rapport devrait rester en cale sèche encore quelque temps. Pour leur part, les services allemands ont choisi de rester vigilants.

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