Guerre électronique : le laboratoire ukrainien

Comme lors de la Guerre froide, les Etats-Unis ont tiré profit du conflit ukrainien pour observer les nouvelles tactiques et techniques mises en place par les Russes.

Devant la Commission des forces armées du Sénat le 6 juin, le commandement stratégique des Marines a alerté sur les nouvelles capacités dont les Russes faisaient preuve dans le domaine du contrôle du spectre et de la guerre électronique pour compromettre la manœuvre américaine avant même qu’elle ne puisse débuter. Il semble, selon ce rapport, que les Russes aient découvert que les Américains avaient perdu une partie de leurs capacités à cibler précisément les nouveaux matériels russes.

Si les Etats-Unis ont axé la majeure partie de leur doctrine sur la supériorité de l’information sur le champ de bataille par des moyens ISR, cette dépendance est devenue un enjeu de vulnérabilité majeur. La BITD russe a bien identifié la dépendance extrême du dispositif américain à l’égard du système GPS et de la liaison 16, véritable colonne vertébrale du réseau de Command & Control. Moscou a toujours considéré la guerre électronique comme un préalable à tout type d’action militaire, y compris comme un effecteur létal, et s’était particulièrement investi dans le brouillage d’escorte.

Déjà, lors du conflit géorgien, même non modernisé, le dispositif russe est parvenu à renverser la supériorité numérique des C2 des forces terrestres achetés aux Américains et aux Israéliens, l’ensemble des fréquences étant passées sous contrôle russe. A partir de 2011, de nouveaux équipements d’autoprotection et de brouillage firent leur apparition dans les trois armes russes, les forces terrestres testant avec succès le véhicule Infauna, dont les effecteurs rayonnent jusqu’à 600 km.

Dès le début de la crise en Crimée, les drones ukrainiens ont été cloués au sol par brouillage GPS, comme les drones français Sperwer utilisés par l’OSCE. Des clichés datés d’avril attestent que la 175brigade a déployé dans le Dombass le système RB-341V «Leer-3», qui permet de monitorer et de brouiller le réseau GSM, ou encore, le système Rtut-BM, qui permet de déclencher l’explosion d’un obus adverse juste après son tir. Le Richag-AV, qui est un système Elint DRFM sur hélicoptère, y a également fait ses débuts.

Certes les Américains ont déployé le système Wolfhound de géolocalisation des nœuds de Command & Control, et au moins une tour de 30 m Gator V2 destinée aux brouillages. Mais, grâce à leur nouvelle doctrine baptisée «Combat Radio Electronique», il ne s’agit plus seulement pour les Russes de cartographier les nœuds de communication adverses pour limiter, retarder ou neutraliser les flux, mais d’en perturber le commandement, y compris au niveau humain. Le cyber et l’humint sont venus s’articuler à ce dispositif, pour cibler, via les réseaux sociaux, des sources potentielles destinées à introduire des malwares dans les systèmes d’artilleries ou les smartphones personnels du commandement.

La société Kret a reçu mandat à l’horizon 2020 de moderniser près de 60% des équipements de guerre électronique russes. Un nouveau pod de brouillage offensif, le Richag-AV, sera décliné sur des plateformes terrestres, aériennes, dont des drones, et navales. A cela s’ajoutera un accroissement de la production du véhicule Krasukha 4 destiné au brouillage radar des avions Awacs, des drones, des satellites SAR à orbite basse, et des autodirecteurs de missiles. L’enjeu principal étant d’empêcher l’Otan de pénétrer les bulles d’interdiction de ses systèmes S-300 et S-400 par les drones Reaper ou les futurs MUX.

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