Drones : les défis du Belfort

Les drones Reaper de l’escadron 1/33 Belfort sont devenus, en trois ans, des outils indispensables pour les opérations des armées françaises dans la bande sahélo-saharienne (BSS), en enregistrant plus d’heures de vol (14 500 au total) que les drones Harfang en onze ans de service et en assurant 60% du renseignement collecté dans l’opération Barkhane.

Pour le 1/33, qui opère ses cinq Reaper (un sixième vient d’être livré au Belfort) depuis la base de Nyamey (Niger), l’enjeu est aujourd’hui d’abord humain, avec l’objectif indispensable de formation des équipages. Car depuis l’entrée en service du Reaper en janvier 2014, le rythme très soutenu des opérations, couplé au goulet d’étranglement lié aux créneaux de formation disponibles aux Etats-Unis, a mis les hommes du Belfort à rude épreuve.

L’activité opérationnelle n’a cessé de croître depuis, soutenue par un flux ténu de nouveaux équipages formés aux Etats-Unis. Conjugué au besoin quasi exponentiel du soutien de ces systèmes particulièrement adaptés aux théâtres d’opérations actuels (BSS ou Levant), l’arrivée prévue de nouvelles plateformes impose de bâtir un socle solide d’équipages. Sur ce point, les effets désastreux de la RGPP se font encore sentir dans l’armée de l’Air, qui a choisi de ne pas former ses opérateurs ab initio mais de les sélectionner dans le vivier de pilotes de chasse, de transport et parmi les officiers de renseignement. Ceci pour pouvoir bénéficier des savoir-faire d’équipages expérimentés formés à la coordination des capteurs (y compris en interalliés) et capables de réagir aux changements de situation tactique en cours de mission.

Rappelons que chaque équipage comprend deux cockpits basés dans deux shelters différents : un cockpit composé du pilote et de l’opérateur capteurs et un cockpit «rens» composé d’un officier renseignement et d’un opérateur image. Un choix français de «l’équipage à quatre» qui tranche avec celui des Squadrons américains, qui puisent dans un vivier beaucoup plus large et moins expérimenté et séparent physiquement la partie pilotage (réalisée aux Etats-Unis) de la partie analyse (placée près des commandements de zone). Ce choix entraîne une déresponsabilisation des équipages de conduite tout en les soumettant à des rythmes quotidiens déstabilisants. Avec pour résultats 300 équipages manquants et un nombre équivalent de départs et d’arrivées empêchant toute montée en puissance.

Pour mieux imprégner ses équipages des enjeux du théâtre d’opérations et renforcer leur cohésion, l’armée de l’Air ne privilégiera pas non plus la méthode américaine du «reachback», consistant à opérer les Reaper loin des théâtres d’opérations (depuis les Etats-Unis), un choix qui pose d’évidents problèmes éthiques, notamment en cas d’utilisation d’armements embarqués. L’arrivée à Cognac d’un simulateur, avant la fin 2017, offrira une capacité de formation in situ permettant d’atteindre l’objectif fixé de trente équipages opérationnels en 2019.

Autre enjeu majeur pour l’escadron Belfort, l’augmentation de la bande passante satellitaire disponible, aujourd’hui achetée sur le marché civil (deux satellites sont disponibles en alternance dans la BSS), ce qui limite fortement les capacités de débit en cas d’utilisation simultanée d’un deuxième drone. L’arrivée, en 2021, des satellites COMSAT NG offrira à la France une capacité cryptée supplémentaire qui permettra de répondre à ce besoin, même si un besoin complémentaire en bande passante privée sera encore probablement nécessaire.

Si la possibilité d’armer les plateformes et de les doter de capacités SIGINT (écoutes) est toujours à l’étude, l’armée de l’Air s’intéresse aussi à une capacité de décollage et d’atterrissage automatique, pour laquelle des solutions de partage des coûts de développement pourraient être étudiées avec les partenaires du «club Reaper» (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas et Espagne).

En 2019, l’escadron Belfort de Cognac devrait disposer de douze Reaper, conformément à la LPM, dont neuf déployés en Opex et trois autres stationnés sur la base de Cognac pour assurer l’entraînement, la formation et la réalisation de missions sur le territoire national (MISSINT). Une masse critique qui permettrait poten­tiellement de créer une escadre ISTAR, qui pourrait aussi intégrer les avions légers de surveillance et de reconnaissance (ALSR).

 

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