Le Danemark choisit le Caesar

Nexter a été choisi par le Danemark pour équiper son armée de terre en pièces d’artillerie de 155 mm. Mardi, le ministère de la Défense a annoncé l’achat de quinze Caesar 8×8 montés sur des Tatra T815, avec option sur six pièces supplémentaires. Il s’agit de remplacer les M109 achetés aux Etats-Unis dans les années 1960. Le contrat, dont le montant n’a pas été précisé, serait d’un peu moins de 300 millions de couronnes (40 millions d’euros), pour les seules quinze pièces, sans compter le système de gestion de tir, des pièces de réserve, la formation initiale et l’entretien pendant dix ans, précise la DGA danoise à TTU.

Le groupe français était opposé, dans la dernière ligne droite, à l’israélien Elbit Systems, avec son Autonomous Truck Mounted howitzer System (Atmos). Ce dernier avait été retenu par Copenhague en 2015, à l’occasion de l’appel d’offres initial. Appel qui avait toutefois été annulé, officiellement pour cause de manque d’argent, l’armée danoise ayant dû alors faire face à des dépenses inattendues en Afghanistan. Un motif plus politique aurait été à l’origine de cette décision : l’un des partis membres de la coalition alors au pouvoir était opposé au choix d’un groupe dont les produits équipent l’armée israélienne et sont utilisés dans les territoires palestiniens.

Pour le nouvel appel d’offres lancé fin 2015, Nexter a proposé non plus le Caesar 6×6 mais sa version plus lourde, le 8×8. Est-ce ce qui a fait la différence ? Toujours est-il que, tout dernièrement, des experts danois s’interrogeaient sur le bien-fondé de la présélection. L’Atmos et le Caesar correspondent-ils vraiment aux besoins actuels du royaume, qui n’a plus l’intention de se projeter face aux talibans mais veut se recentrer sur sa défense territoriale dans un contexte régional rendu très différent par l’annexion de la Crimée ? Ne vaudrait-il pas mieux acheter des pièces au blindage renforcé ? Si l’appel d’offres avait été lancé aujourd’hui, les critères auraient été différents, a admis le président de la Commission de la défense au Parlement. La DGA danoise avait néanmoins défendu sa présélection. Selon elle, le Caesar et l’Atmos offraient une flexibilité qui répond entièrement aux besoins de l’armée de terre.

Pour Nexter, il s’agit du sixième client du système d’artillerie. Au-delà du contexte spécifiquement danois, les succès des matériels terrestres français à l’export sont aussi la conséquence de leur label «combat proven» et de leur bon comportement sur le terrain des opérations. Sur ce point, Barkhane est évidemment une «vitrine» de choix pour le matériel et les savoir-faire de l’armée française, tout comme les opérations sur Caesar de la Task Force Wagram autour de Mossoul, en Irak. Les conflits en cours, en Syrie, en Irak ou au Yémen, font en effet office de véritables «bancs d’essai» en conditions réelles pour les matériels militaires américains, russes et européens.

Utilisés par les armées clientes dans des combats parfois très durs, les matériels terrestres français se distingueraient par leur bon comportement. Un sentiment visiblement partagé et particulièrement palpable dans les coulisses du dernier salon Idex. C’est notamment le cas des chars Leclerc au Yémen, dont le blindage latéral, la survivabilité et l’autonomie seraient appréciés par les cavaliers émiratis dans leurs opérations contre les milices houthies. Un sentiment qui contraste avec les retex beaucoup plus critiques des performances des Leopard 2A4TR de l’armée turque en Syrie, des chars M1 Abrams saoudiens au Yémen ou même des BMP-3 émiratis, qui multiplient les pannes mécaniques. Et ce même s’il est vrai que les pertes importantes de Leopard 2 à Al Bab face aux tirs de missiles d’origine russe de Daech (Fagot, Konkurs, Metis et Kornet) sont aussi la conséquence d’une utilisation à contre-emploi du char allemand par les Turcs : pas ou peu d’escorte de véhicule de combat d’infanterie et de véhicules de soutien, emploi d’unités dispersées ou en trop petit nombre, faible coordination avec les fantassins des FSA, direction des opérations par un général des forces spéciales visiblement peu familier du combat blindé lourd…

Le système d’artillerie Caesar, déployé par l’armée de Terre en Irak et par les Saoudiens au Yémen, fait lui aussi l’objet de commentaires plutôt flatteurs tant de ses utilisateurs que de la part des forces américaines présentes sur place. Ses performances auraient tapé dans l’œil des Emiratis, qui n’auraient par ailleurs pas définitivement écarté la possibilité d’acquérir des VBCI, malgré l’annonce faite à Idex d’une commande de 400 véhicules amphibies au turc Otokar devant être fabriqués sur place et 40 AMV au finlandais Patria (la cible totale prévue est en effet de 700 véhicules 8X8). Sur ce point, la présence du 5e régiment de Cuirassiers à camp Zayed, qui opère des VBCI, Leclerc, Caesar, VAB et VBL, offrirait un vrai plus en termes de soutex et de promotion des savoir-faire français.

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