Yémen : retour vers la partition ?

Parallèlement aux conflits qui opposent sunnites et chiites, djihadistes et quiétistes, sans compter les nombreuses rancœurs inter-tribales, la guerre au Yémen se distingue par un paradoxe. Si le gouvernement yéménite constitue la dernière chance de préserver l’intégrité du pays, la seule force dont il peut bénéficier n’a pour toute autre ambition que de provoquer la sécession du pays.

Créée en 2007 à Aden, le mouvement Al-Hirak (le Mouvement du Sud) reste des plus confidentiels à l’échelle nationale jusqu’à l’offensive houthie. Alors que Riyad cherche à sécuriser sa frontière sud avec le Yémen en s’appuyant sur la coalition Ansar Allah, Abou Dhabi voit dans Al-Hirak le moyen d’étendre sa sphère d’influence autour du golfe d’Aden, en complément de ses positions en Erythrée, pour devenir un acteur de premier plan sur les flux empruntant la mer Rouge, comme le Canal de Suez. En échange de son soutien contre la guérilla houthie, elle s’engage à financer son projet politique et à le doter de moyens militaires conséquents.

Très vite Al-Hirak affirme son ambition sécessionniste en hissant son drapeau sur les bâtiments gouvernementaux à Aden en 2015, ou en adressant une lettre au Conseil de sécurité de l’Onu pour revendiquer l’autodétermination du Sud Yémen. Une ambition qui cherche à se justifier en s’appuyant sur l’état actuel du front militaire.

Les Houthis sont désormais conscrits au nord-ouest et à l’ouest du pays, le long de la côte. Il est frappant de constater que leur frontière sud correspond largement à l’ancienne frontière qui séparait la République Arabe du Yémen et la République Démocratique du Yémen, soutenue par Moscou avant la réunification de 1990.

Pour autant, des tensions ont commencé à se manifester depuis que les leaders d’Al-Hirak ont compris que les EAU cherchaient à s’implanter durablement en intégrant notamment à certains de leurs proxies les combattants djihadistes. Afin de démontrer l’indépendance de son mouvement et son souhait de créer un Etat souverain, le leader d’Al-Hirak, Hassan Baoum, a exigé en mai dernier le retrait des forces émiraties de l’île de Socotra, organisé l’attaque contre l’académie militaire d’Aden, et même perturbé les opérations antiterroristes américaines contre Al-Qaida pour fragiliser la position des Emiratis.

Une situation qui est suivie attentivement par les Russes, qui ont dépêché plusieurs dizaines de mercenaires sur place. Al-Hirak pouvant constituer le moyen de ressusciter les positions russes dans le pays.

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