Yémen : enjeux politiques et opérationnels  

Alors que la légalité des ventes d’armes de la France à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis dans le cadre du conflit au Yémen est mise en cause par des ONG, le ministère de la Défense s’intéresse de son côté aux «innovations opérationnelles» que cette crise régionale a fait émerger. Depuis l’entrée en guerre de la coalition conduite par Riyad contre les rebelles houthis il y a trois ans, les violations du droit humanitaire qualifiées de «généralisées et systématiques», comme les attaques de civils et les bombardements de marchés, hôpitaux ou écoles, sont régulièrement dénoncées par les Nations unies.

Or, dans un rapport rendu public le 20 mars, Amnesty International France et Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), assistées d’un cabinet d’avocats pour l’analyse juridique, accusent la France d’être «complice des crimes de guerre au Yémen» du fait de ses divers transferts d’armes aux deux principaux membres de la coalition. Selon ces organisations, Paris, malgré la convention de Genève et sa politique de contrôle des exportations d’armement, a continué ses livraisons de matériels de guerre (véhicules blindés de combat, patrouilleurs maritimes, artillerie, missiles, systèmes de ciblage équipant les avions de chasse…) à l’Arabie saoudite et aux EAU, et assuré la maintenance de matériels, comme les chars Leclerc, «malgré le fait qu’ils puissent être utilisés pour commettre ou faciliter des crimes de guerre par la coalition».

La France porterait, selon elles, une «responsabilité morale, politique et légale dans les conséquences dramatiques liées à l’usage qui en est fait» dans ce conflit. Elles cherchent à intégrer dans la complicité de crime de guerre tout fournisseur d’équipement contribuant de près ou de loin au blocus, notamment maritime, principale cause de mortalité des populations civiles, et cherchent à prouver que la France transmet du renseignement à la coalition pour que Paris soit considérée comme partie au conflit.

Loin de ces considérations juridiques et humanitaires, ce sont les doctrines d’engagement opérationnel et les «nouvelles pratiques dans l’art de la guerre», dont le Yémen serait le théâtre, que le Centre interarmées de concepts de doctrines et d’expérimentations (CICDE) veut retenir et étudier. Le Centre vient en effet de lancer un appel à projet sous forme de retex, qui devra nourrir et «éclairer les officiers en charge des réflexions capacitaires dans son acception globale (doctrine, équipements, entraînement) avec un angle interarmées (action combinée des forces terrestres, maritimes aériennes et forces spéciales)». Les éléments livrés à l’issue de cette cartographie complète du conflit devront permettre d’en évaluer les conséquences, sous forme de recommandations, pour les armées françaises.

 

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