Un successeur à Mahmoud Abbas en lice ?

En dépit de ses récentes diatribes anti-américaines, l’Autorité palestinienne maintient les contacts avec les Etats-Unis, sous l’égide du chef de son service des renseignements, le général Majid Faraj. Ce dernier a notamment rencontré à Washington, fin avril, le directeur de la CIA, Mike Pompeo, nommé depuis à la tête du Département d’Etat.

Les contacts demeurent discrets, alors que l’Autorité palestinienne refuse la moindre rencontre publique avec des responsables de l’administration américaine, depuis la décision du président Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et le transfert de l’ambassade des Etats-Unis dans cette ville. Parmi les sujets abordés par Majid Faraj avec ses interlocuteurs américains figure la succession du président Mahmoud Abbas, âgé de 83 ans et dont la santé est de plus en plus déclinante, ainsi que les moyens d’assurer la continuité du contrôle de l’Autorité palesti­nienne sur la partie de la Cisjordanie qui lui est dévolue.

Sur le papier, les chances de Majid Faraj de devenir le prochain président palestinien sont plutôt faibles : il a été exclu du comité exécutif de l’OLP ainsi que du comité central du Fatah, sa principale composante. Deux positions essentielles pour concourir à la présidence de l’Autorité palestinienne. De plus, Majid Faraj est souvent accusé de «collaborer» trop étroitement avec Israël. En janvier 2016, il avait lui même admis que ses services avaient fait échec à 200 attentats anti-israéliens en un an et demi. Cette coopération avec le Shin Beth israélien a été encou­ragée par la CIA au nom de la «lutte contre le terrorisme».

Or l’appui américain est essentiel. Tous les cadres des services de sécurité palestiniens ont été entraînés aux Etats-Unis. En outre, ils disposent de représentants au sein de la grande majorité des 90 missions diplomatiques palestiniennes dans le monde. En échange de cette assistance américaine, les services palestiniens fournissent des renseignements sur des groupes armés djihadistes actifs notamment en Syrie et en Libye, où vivent des communautés palestiniennes. C’est ainsi que le général Majid Faraj a été félicité par Washington pour avoir fourni des informations ayant permis à la CIA de repérer puis d’enlever en 2013 un responsable d’Al-Qaida en Libye, Abou Anas-al-Libi. II avait également apporté une contribution décisive à la libération de deux otages suédois enlevés par des groupes armés en Syrie en 2013.

Cette proximité avec les Américains a fait de lui la bête noire du Hamas, qui gouverne la bande de Gaza. Le mouve­ment islamiste palestinien l’accuse de se livrer à des activités d’espion­nage dans des pays arabes ou musulmans au profit d’Israël et des Etats-Unis. Reste à savoir si ces services rendus permettront à Majid Faraj de prendre, le jour venu, la tête de l’Autorité palestinienne ou, à défaut, de se faire l’arbitre d’une passation pacifique des pouvoirs. Dans la confusion actuelle qui règne dans les territoires palestiniens, rien n’est moins sûr.

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