Un partenariat «gagnant-gagnant»  

Si la formation, il y a deux ans, sur la BA113 de Saint-Dizier des premiers pilotes et techniciens égyptiens sur Rafale au sein de l’ETR 3/4 «Aquitaine» s’est bien déroulée, il en va actuellement de même avec les stagiaires aviateurs qataris et les premiers pilotes indiens.

Le fait que ces trois pays utilisent déjà le Mirage 2000 a contribué à faciliter la transition «culturelle» vers le Rafale, un avion sur lequel existent nombre de fonctions logicielles automatiques qui rendent aisée sa prise en main et contribuent à alléger fortement le travail du pilote. D’abord instruits au sol en salle d’étude, puis après sur biplace Rafale B jusqu’à leur «lâcher solo» sur Rafale C, leur progression est contrôlée en vol par un moniteur de l’ETR assis en place arrière et qui a, en face de lui, à la place de la VTH (visualisation tête haute) habituelle, un écran qui reproduit, grâce à la caméra placée devant la VTH, les informations que voit le stagiaire. Ce dispositif appelé RTH (recopie tête haute) s’est avéré au fil des mois un outil de formation performant. Une technologie qui sera reconduite sur les nouveaux Pilatus PC-21 arrivés depuis peu à l’EPAA 315 de Cognac, qui accueillera aussi, à l’horizon 2020, l’Ecole de Chasse 314 transférée depuis Tours.

A l’instar de ce qui a été fait il y a vingt ans à Cazaux au profit des aviateurs singapouriens, c’est sur la BA118 de Mont-de-Marsan que sont installés depuis un an les aviateurs du Qatar Rafale Squadron (QRS) – dans de nouveaux bâtiments d’instruction construits spécialement pour eux – dans l’attente de la livraison au printemps prochain par l’usine Dassault de Mérignac de leurs premiers Rafale DQ (biplace) et EQ (monoplace).

Actif depuis le 1er octobre 2017 au sein de la 30Escadre de Chasse, le Qatar Rafale Squadron, aussi baptisé EC 4/30 «Shahine», a eu droit début juillet à la visite de l’émir du Qatar, Tamim Al-Thani, qui a inauguré avec Florence Parly sur la BA118 les nouvelles installations de ses aviateurs détachés en France. On y retrouve le Centre de formation Rafale (CFR), qui forme actuellement tous les futurs utilisateurs du Rafale : pilotes, mécaniciens et autres personnels de servitudes associées. Y sont bien sûr formés les personnels de l’armée de l’Air et de l’Aéronautique navale, mais aussi depuis plus d’un an maintenant les personnels qataris et indiens, arrivés dans les Landes en septembre 2017.

A l’été 2019, selon le colonel Cédric Gaudillière, commandant de la BA118, s’y ajoutera le Centre de Simulation Rafale (CSM), dit de nouvelle génération, qui sera équipé de quatre cabines «boule» configurables en réseaux, à l’instar de ce qui existe déjà sur la BA113 de Saint-Dizier. Trois pilotes de chasse français, tous CP, et une quarantaine de mécaniciens sont affectés en permanence au sein du QRS. Idem du côté du CFR et du CSM, où sont instruits les futurs moniteurs «simu» qataris auprès des Français.

Dans le cadre du partenariat signé en 2017 entre Doha et Paris, les aviateurs qataris ont été placés en immersion complète au sein d’un escadron de l’armée de l’Air, afin de pouvoir commencer à répliquer à l’identique et de façon autonome l’ensemble des savoir-faire Rafale français chez eux dans le courant de l’année 2020, utilisation du pod américain Sniper mise à part. En attendant la livraison de leurs propres avions, les stagiaires qataris volent sur des Rafale français : jusqu’à cinq machines prises sur le parc de la 30e Escadre sont affectées uniquement à la formation et l’instruction des pilotes et des mécaniciens qataris, comptabilisant 1 500 heures de vol pour l’année 2018.

Par ailleurs, les premiers pilotes qataris arrivés l’an dernier directement de la BA113, et tous issus de la filière Mirage 2000-5, suivent une formation tactique sur Rafale à Mont-de-Marsan avec comme but final la qualification de sous-chef de patrouille (SCP). Les personnels techniques, de leur côté, apprennent auprès de leurs homologues français à réparer et à effectuer des actes de maintenance sur les avions de chasse au travers d’une procédure «sur le tas» ou On-Job Training (OJT), qui semble se dérouler de manière routinière et positive.

Si l’armée de l’Air consacre donc temps et personnels à la formation des aviateurs qataris, il convient néanmoins de préciser qu’il s’agit en réalité d’un «troc intelligent» : le Qatar contribue au financement des nouveaux moyens du CFR et du CSM tout en apportant un renfort significatif au flux de soutien logistique de l’ESTA 15/30 «Chalosse» de la 30Escadre, qui assure la maintenance des Rafale et par lequel transitent toutes les pièces de rechange Rafale stockées dans de nouveaux hangars financés par le Qatar.

 

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