Tokyo : au-delà de Washington

Les signaux contradictoires de Donald Trump dans la zone Asie-Pacifique poussent le Japon à diversifier son jeu d’alliances. L’accord signé avec Paris sur la sécurité maritime et la liberté de circulation dans la zone Asie Pacifique est de même nature que celui signé avec la Grande-Bretagne fin décembre, et évoluera sans doute vers un accord de défense bilatéral analogue à celui qu’elle a signé avec l’Australie.

En quelques mois, Tokyo s’est à la fois rapproché des poids lourds de l’Otan et du pacte UKUSA sur le plan sécuritaire, mais aussi du Commonwealth et de l’UE sur le plan diplomatico-économique, puisqu’un accord de libre échange serait signé cet été avec Bruxelles. Car jusqu’à récemment, et en dehors des Etats-Unis, Tokyo ne disposait d’aucun autre partenaire militaire qui ne soit également une démocratie libérale. Shinzo Abe a indiscutablement profité de l’évolution de son opinion publique pour déployer une stratégie de défense fondée sur une conception de sécurité collective, mais aussi sur une projection hors des frontières de sa BITD comme de son appareil de renseignement.

Les négociations avec Paris et Londres ont débuté en 2014, alors même que Moscou et Pékin entendaient s’appuyer sur la force pour remettre en question les frontières internationales.

L’accord sur les transferts d’armements permet à Tokyo de bénéficier des technologies françaises dans le domaine du renseignement spatial et des drones spécialisés dans la guerre des mines, mais aussi britanniques dans le domaine des missiles contre sa maîtrise avancée de certains composants stratégiques. Ainsi l’autodirecteur de Mitsubishi, fondé sur les nouveaux modules à nitrure de gallium, pourrait être intégré au METEOR réalisé par MBDA UK, et les deux partenaires cherchent actuellement à équiper de ce missile leurs flottes respectives de JSF. Par ailleurs, les Japonais ont annoncé qu’ils allaient faire tester leur nouveau missile air-air dans l’archipel écossais des Hébrides.

Un second accord, logistique cette fois et fondé sur le modèle ACSA signé avec les Britanniques, pourrait permettre à la France d’échanger nourriture, carburant, munitions et procédures d’interopérabilité avec son partenaire japonais, qui cherche précisément à renforcer le périmètre de sa sécurité économique puisque son territoire est totalement dépendant des importations de matières premières. C’est la raison pour laquelle le gouvernement Abe pourrait financer l’effort de guerre de la France dans la BSS, qui regorge d’uranium et de pétrole.

Mais surtout en coopérant avec des acteurs aux capacités industrielles analogues, Tokyo cherche à restructurer sa BITD en pleine déflation. Et ce, de la R&D en passant par les procédures d’acquisitions jusqu’aux stratégies d’exportations. En échange, et outre son avance dans le domaine de la robotique et de la micro-électronique (y compris face aux Etats-Unis), le Japon dispose d’un atout précieux dans son jeu. Il s’agit de la puissance de financement de son réseau bancaire, capable de proposer des taux à 0% sur plus de vingt, voire trente ans. Des capacités qui manquent cruellement aux offres exports françaises et britanniques sur les marchés émergents.

 

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