TKMS mis en vente ?

ThyssenKrupp (TK) vendra-t-il ou pas sa filiale ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), constructeur des sous-marins allemands ainsi que de divers vaisseaux de surface ? L’entreprise ne commente ni ne confirme l’information lancée par le quotidien Handelsblatt. Mais les réactions alarmées du syndicat IG Metall ou des ministres-présidents des régions ne trompent pas. Il y a bien anguille sous roche.

La question n’est d’ailleurs pas nouvelle et refait surface dès que le conglomérat industriel qu’est ThyssenKrupp a des problèmes de rentabilité, de cohérence et de restructuration. Ou alors quand TKMS a des difficultés de remplissage de son carnet de commandes.

En attendant, les faits parlent d’eux-mêmes. Après le coût très dur du contrat australien, emporté par Naval Group, puis un contrat norvégien (4,5 milliards d’euros) emporté par TKMS, Berlin ayant accepté de mettre au pot pour casser les prix de ses sous-marins, les chantiers allemands TKMS ont été pris à revers là où ils ne l’attendaient pas : sur le terrain des bâtiments de surface.

Dans le cadre de l’appel d’offres européen lancé par Berlin pour la construction du futur vaisseau multirôle allemand MKS 180, le ministère allemand de la Défense a en effet exclu le consortium national TKMS/Lürssen, pourtant leader sur la construction des frégates 125. Pour TKMS, l’exclusion de ce contrat d’au moins 4 milliards d’euros est catastrophique. Car comment vendre ses produits si l’on ne construit même pas pour sa marine nationale ? Le maintien de l’entreprise sur le segment des vaisseaux de surface est donc remis en question.

Par ailleurs, pendant que Français et Allemands se déchirent pour obtenir le contrat polonais, les six sous-marins de la Bundesmarine sont tombés en panne, victimes de problèmes de batterie ou de retard de maintenance. Si l’on prend le seul cas du U36, mis en service en octobre 2016, on notera qu’il a été remis à l’eau en avril dernier, après… un an de remise en état.

De son côté, la maison-mère est sous tension. Deux gros actionnaires financiers, les fonds suédois Cevian et l’américain Elliott, doutent de la stratégie de restructuration et de retour à la rentabilité, suivie par l’actuel PDG. Ils remettent aussi en cause les conditions de la fusion prévue entre la branche acier de TK et l’indien Tata Steel Europe. C’est donc dans ce cadre général que le périmètre de TK et l’avenir de TKMS seraient mis à discussion en interne. Pour l’entreprise allemande, tout est possible, du statu quo jusqu’à la vente partielle ou totale.

En attendant, Meinhard Geiken, patron de l’IG Metall Kueste (fédération côtière), exige de TK «une déclaration claire et sans ambiguïté que le groupe se maintient dans les activités de surface et n’a aucune intention de remettre en question des emplois et ses sites de production de sous-marins et de navires». Comme les ministres-présidents des cinq régions côtières, le syndicaliste demande que la construction de bâtiments de surface soit enfin classée «technologie-clé» sur le plan national, comme le promet le programme du gouvernement fédéral, afin de s’affranchir de l’obligation de lancer des appels d’offres européens.

Pour l’instant, Berlin ne dit rien car, comme l’a expliqué un porte-parole du ministère de la Défense, le ministère ne commente pas les évènements touchant l’économie privée.

 

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