Terrestre : un secteur innovant

La Revue stratégique récemment présentée au Président de la République pointe le risque, pour les puissances occidentales, d’un décrochage technologique et d’un nivellement opérationnel lié notamment à l’émergence et à la diffusion de nouvelles technologies à des acteurs divers ne disposant pas nécessairement d’une base industrielle et technologique de défense.

Face à ce risque, les rédacteurs rappellent l’importance décisive de la «préparation de l’avenir», c’est-à-dire à l’octroi d’un financement conséquent aux études amont et à la R&T de manière plus générale. L’effort global de R&T et de R&D défense est de l’ordre de 5 milliards d’euros, dont 720 millions pour financer les études amont. Sur ce dernier montant, moins de 100 millions sont dédiés au secteur terrestre. Si cette sous-dotation n’a rien d’inhabituel pour ce qui a traditionnellement été le «parent pauvre» en la matière, le secteur terrestre, qui reste le plus fortement exposé à ce nivellement vis-à-vis de l’adversaire, connaît aujourd’hui une transformation technologique sans précédent.

L’émergence de ruptures technologiques en matière d’intelligence artificielle (AI), d’objets connectés, de Big Data, de combat collaboratif, de robotique, de miniaturisation ou d’imagerie a permis le développement de solutions plus ou moins matures, qui contribueront à la «technologisation» des forces terrestres et devraient leur permettre – si elles deviennent une priorité de la prochaine LPM – de conserver leur supériorité opérationnelle en opex comme sur le territoire national.

Des évolutions rendues nécessaires du fait d’un environnement terrestre très diversifié (villes, plaines, montagnes…), soumis aux aléas climatiques et météorologiques et qui complique l’utilisation de robots, le traitement d’image ou la cartographie (obsolescence rapide). Un environnement cloisonné, comportant de nombreux compartiments de terrains et masques où les ondes acoustiques, radio ou le GPS peuvent être altérés et l’identification des menaces rendue plus complexe. Autant de défis pour le développement de systèmes futurs par l’ensemble des acteurs de l’innovation de défense.

Cette innovation est évidemment au cœur de l’activité de la DGA – via son dispositif de financement et de soutien de la R&T – et de la Section Technique de l’Armée de Terre (STAT, notamment pour l’innovation technico-opérationnelle). Mais aussi de l’ONERA, dont le champ de compétence ne se limite pas à l’aéronautique : l’agence mène ainsi des travaux visant à améliorer les points de ruptures identifiés dans le programme de lutte anti-drone ANGELAS (capteurs, traitement de l’information…).

Les grands groupes ne sont pas en reste, notamment Thales, qui renforce depuis plusieurs années sa relation avec les start up innovantes et mène des travaux pionniers en matière d’IA (aide à la décision, robotique…), de nano-composants (pour limiter la consommation d’énergie) ou de matériaux artificiels. Nexter, qui investit 17% de son chiffre d’affaires dans la R&D, a par exemple, à la demande des forces spéciales, conçu un prototype de générateur électrique autonome portable composé d’une pile à combustible et d’un générateur d’hydrogène (de 20 à 500 w).

Mais l’innovation terrestre, dans ces domaines de ruptures liés souvent aux nouvelles technologies, est aussi issue de PME, ETI ou start up, dont certaines n’étaient pas dans la BITD. Des PME innovantes, comme Photonis (optiques à bas niveau de lumière et fusion d’images) ou Sysnav (géolocalisation et mesure du mouvement en 3D sans avoir recours au GPS), ont bénéficié de dispositifs Rapid de la DGA, d’autres ont été intégrées au sein du hub innovation du GICAT, Generate, lancé il y a six mois.

Le GICAT a ainsi mis en place un dispositif permettant de lever les principaux obstacles à l’entrée de ces structures, souvent fragiles, sur les marchés de défense (problèmes de financement liés aux cycles longs, complexité du secteur, déficit de financement de la R&T…). Generate intègre les start up sélectionnées au sein du GICAT en qualité de membres associés, permettant une mise en relation avec les structures de la défense, avec des spécialistes de la sécurité (dans le cadre de «boot camps» organisés notamment avec la DGSI) ou du contrôle des exportations ainsi qu’une participation à Eurosatory à moindre coût.

Parmi ces « jeunes pousses» innovantes, Numalis, qui propose une solution de correction et de réécriture des codes informatiques : le calcul régissant tous les systèmes connectés, la fiabilité du codage est essentielle pour limiter les pannes et la consommation d’énergie. Ce traitement à la source permettra de limiter les phases longues et coûteuses de tests et de contrôles des systèmes, génératrices de retards dans les programmes d’armements. Il s’appliquera, par exemple, aux algorithmes de compression des images pour obtenir une cartographie plus précise ou au traitement du signal (radars, motorisation…).

Uniris conçoit, elle, des clés cryptographiques différenciées à partir du réseau veineux du doigt. Quant à la start up parisienne Internest, elle propose une solution de guidage de drones par ultrasons pour les phases critiques du vol (atterrissage). Une technologie très précise permettant notamment l’atterrissage sur des plateformes en mouvement, y compris en intérieur, et qui offre des applications intéressantes pour les forces spéciales, la reconnaissance d’itinéraire, pour la sécurisation de sites ou de convois. Le système est actuellement à l’essai à la STAT.

Articles similaires :