Tensions turco-russes

Recep Erdogan a annoncé au début du mois de juin qu’il lancerait avant la fin de l’année la construction d’une voie de chemin de fer de 224 km, qui relierait la Turquie à l’Iran en traversant l’enclave azérie du Nakhchivan (la seconde après le Karabach) pour rejoindre par un premier tronçon Bakou puis par un second tronçon les autres républiques d’Asie Centrale via l’Iran et jusqu’en Afghanistan.

Afin de limiter l’influence de la Turquie sur les autres républiques turcophones, Staline avait créé lors du traité de Kars en 1921 une bande territoriale reliant l’Arménie à l’Iran et baptisée Zangezur. Le Karabach étant situé à l’est de ce couloir et le Nakhchivan à l’est. Cette zone apparaît depuis quelques semaines comme un nouveau point de tension turco-russe.

Ankara a considérablement renforcé son dispositif militaire à la frontière avec le Nakhchivan, alors que Bakou renforce de son côté son dispositif militaire au niveau du Karabach. Ce projet n’est pas récent et procède de longues discussions entre Ankara et Bakou avec pour point de mire l’autonomie énergétique turque : en 2014, le président Aliyev avait annoncé le lancement du chantier pour 2017.

Si l’arrivée prochaine de renforts russes en soutien de l’Arménie rend improbable un coup de force contre le Zangezur, le Kremlin se montre néanmoins préoccupé à la fois par le rapprochement d’Ankara et de Téhéran mais aussi par le retour des velléités turques en Asie centrale, qui profitent, ici, des investissements chinois colossaux pour établir le projet de la Route de la Soie. Cette alliance sunnito-chiite pourrait en effet potentiellement entrer en concurrence avec les ambitions russes non seulement sur ses marchés mais également au Moyen-Orient, et en premier lieu en Syrie. Si le conflit syrien a remis en question les accords Sykes-Picot, la pax sovietica pourrait également ne pas être épargnée.

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