Tempest, la «réponse» de BAE au SCAF

Plus que l’annonce régulière et appuyée de nouveaux contrats pour les A320neo d’Airbus ou les 737max de Boeing, l’annonce phare du salon de Farborough cette semaine – le futur chasseur Tempest de BAE Systems – est une annonce choc destinée à faire pièce au SCAF franco-allemand d’abord, mais aussi à rassurer indirectement la BITD britannique déjà fort soucieuse quant aux conséquences néfastes qu’aura pour le Royaume-Uni la sortie de l’UE dans de multiples domaines autres que la finance londonienne.

Sachant qu’au bout de deux années de querelles gouvernementales et autres dissensions parlementaires sur le Brexit, l’idée fait actuellement son chemin au Royaume-Uni, chez les détracteurs du gouvernement de plus en plus nombreux, que seul un nouveau référendum baptisé «People’s vote» serait susceptible de ménager l’avenir du pays, il est très clair que pour l’industrie aéronautique britannique en particulier le Brexit représente un écueil de taille. «A very complex problem», comme aurait dit par ellipse la peu diserte reine Elizabeth II au président Trump en visite à Londres, un homme toujours prompt à révéler des confidences via Twitter…

Annoncé par Theresa May en personne et présenté lundi 16 juillet à grand renfort de maquette et de tableaux par le ministre de la Défense, Gavin Williamson, à la presse internationale rassemblée sur l’aérodrome du Hampshire pour ce grand salon, le Tempest de BAE – qui reprend le nom du célèbre chasseur-bombardier produit par Hawker Aircraft en 1944 – utilise manifestement nombre d’éléments du chasseur biplace furtif Replica que BAE mena dans le plus grand secret au début du siècle dans le cadre du programme FOAS (Future offensive air system) avant que la décision soit prise par Londres, quelques années plus tard, de rejoindre le JSF F-35 Lightning II de Lockheed Martin. A la fois sous la pression américaine et par mesure d’économies à court terme.

On sait déjà que Londres compte investir 2 milliards de livres d’ici à 2025 dans ce programme qui associe deux incontournables de l’aéronautique, BAE Systems et le motoriste Rolls Royce, alliés à l’italien Leonardo et au missilier européen MBDA, l’objectif étant de disposer d’un appareil opérationnel en 2035, date à laquelle il devrait succéder à l’Eurofighter.

Sans doute ce délai est-il trop court pour déboucher sur un avion réel – un système de systèmes assorti d’éléments non pilotés et de moyens d’intelligence artificielle autonomes sur une plate-forme furtive rappelant les lignes du prototype Northrop YF-23 – preuve assez évidente que Londres est surtout dans le registre déclamatoire et recherche avant tout à faire pression en public sur le couple franco-allemand afin de s’offrir un ticket d’entrée à bon compte dans le programme SCAF à l’heure du Brexit. Et avant de déclencher une guerre industrielle entre Européens qui en rappellera une autre à certains…

Financièrement, on peut ouvertement douter de la capacité de Londres à financer seul dès 2025 une production en série du Tempest II, surtout quand on constate les dérives exorbitantes du programme JSF et le fait que ni Allemands ni Français ne pourraient se lancer seuls dans une aventure comme le SCAF avec des valeurs de production prohibitives quant à la cible finale d’avions, autour de 200 ou 300 pour les deux pays.

Au-delà d’un programme de recherche technologique avancée, dont la BITD britannique est certes très capable — elle l’a prouvé en partie avec l’UCAV Taranis —, il ne fait aucun doute que le seul intérêt du gouvernement britannique est de ne pas rester en marge du programme SCAF, et surtout de le rallier. C’est paradoxal. Surtout quand on rappelle que Paris et Londres furent en d’autres temps, en 2014, à l’origine les deux acteurs à l’origine de ce programme ! Un programme alors piloté par Dassault et BAE Systems, Thales et Selex étant associés pour l’électronique embarquée, et Rolls-Royce et Snecma pour la propulsion. Mais où donc est passée la mémoire des Britanniques ?

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