Tahiti, un enjeu stratégique pour Pékin

En raison du conflit qui oppose le gouvernement chinois à la propriétaire de la résidence coloniale Taina, qui héberge le consulat de Chine à Papeete depuis 2007, la presse australienne s’est récemment alarmée de l’intérêt porté par Pékin à la Polynésie Française au point d’évoquer le terme d’«Occupation».

Après dix ans de loyers impayés, le consul Shen Zhiliang aurait refusé de quitter les lieux qu’il considère critiques pour l’emplacement de sa parabole et de ses communications sécurisées avec Pékin. Tant en raison du rôle joué par sa diaspora, que de ses investissements qui génèrent un nombre d’emplois conséquent, la Chine dispose sur place d’un pouvoir économique sans concurrence, avec la présence du groupe hôtelier HNA, du groupe bancaire UnionPay, ou encore minier, Tianrui, qui loue l’ancien aéroport des bombardiers stratégiques français sur l’île d’Hao.

Mais le facteur économique n’est pas son seul intérêt. Si le navire hôpital de 600 lits «Daishan Dao» croise régulièrement dans la zone depuis Papeete pour contribuer à la stratégie de soft power chinoise, le Pacifique sud s’avère militairement vital pour l’APL.

Au cours de cette année, près de 18 satellites Beidou-3 seront mis en orbite pour permettre à Pékin de disposer de son propre système GPS destiné au guidage de ses missiles et à son dispositif C4ISR. Or, c’est depuis la Polynésie que le suivi de ces satellites, et des missiles balistiques adverses, sera assuré pour l’hémisphère sud par le bâtiment de renseignement de 11 000 tonnes, le «Yuan Wang-6», qui, avec quatre radars de trajectographie, constitue l’équivalent du «Monge» français. Un navire qui fait régulièrement escale à Papeete.

En outre, d’autres bâtiments d’exploration océanographique croisent dans la zone. Pour permettre à sa sous-marinade d’échapper aux barrières de sonars et ainsi bénéficier de l’effet de surprise en mer de Chine, l’APL est contrainte de les faire transiter par le nord du Japon, l’océan Pacifique et ce jusqu’à la pointe sud de l’Australie pour resurgir par le sud. Pour cela s’impose à elle une connaissance précise des reliefs sous-marins, ainsi que des couches de températures comme de salinité.

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