Syrie : la question druze dépasse les frontières

Damas a souvent cherché à s’attirer les faveurs de la communauté druze du pays, notamment parce qu’elle est majoritaire dans la région du Souweida et du Golan syrien, zones clés dans l’architecture de sécurité du pays. En 2015, les cheikhs druzes du mouvement Rejal al-Karama (Hommes de la dignité) étaient parvenus à faire transférer l’armée arabe syrienne (AAS) vers les frontières extérieures du Gouvernorat de Souweida et à soustraire leur jeunesse au service national obligatoire, en se chargeant de la sécurité de la région.

Cependant, la multiplication des enlèvements crapuleux de l’Etat islamique (EI), durant cet été jusqu’à celui de la semaine dernière, a enflammé les notables locaux, accusant Damas de «laisser passer» les éléments de l’EI, ainsi que d’en avoir transféré certains depuis Deraa vers l’Est de Souweida dans le cadre des accords avec les rebelles. Damas a voulu étouffer l’affaire en organisant de nombreuses réunions avec les représentants druzes, afin de trouver un compromis sécuritaire qui satisfasse toutes les parties. Mais la Russie s’est immiscée au milieu des négociations, comme point de convergence de toutes les communautés druzes de la région.

Moaffaq Tarif et Walid Joumblatt (dont le père a été tué par les services syriens), chefs des communautés druzes israélienne et libanaise, se sont entretenus plusieurs fois avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, pour lui demander de faire pression sur Bachar el-Assad afin que celui-ci libère les otages actuels et fasse le nécessaire pour que l’AAS défende les alentours de la région. De plus, avec l’aide de l’ambassade syrienne de Jordanie et sous prétexte de visites aux lieux saints druzes et aux branches syriennes de leurs familles, plusieurs délégations ont également rendu visite aux autorités syriennes pour demander une plus grande implication de Damas dans le dossier des otages druzes.

Cette intrusion des chefs druzes israélien et libanais dans un dossier syrien intervient alors que la loi sur le caractère juif de l’Etat d’Israël a causé de très fortes oppositions du côté des druzes, et que le point de passage entre les parties syrienne et israélienne du Golan a été rouvert, facilitant les allées et venues entre les différentes communautés. Par ailleurs, dans le Golan, des druzes israéliens ont manifesté leur soutien à Bachar el-Assad dans la guerre qu’il mène actuellement.

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