La Syrie inquiète à nouveau Israël

L’accélération de la reprise en main du contrôle d’une bonne partie de la Syrie par le président Bachar al-Assad, avec l’aide de la Russie et de l’Iran, a pris de court les militaires israéliens, qui s’attendaient à la prolongation de la guerre. Résultat : la menace d’un conflit avec le Hezbollah, instrument de l’Iran au Liban et en Syrie, ainsi que contre l’armée de Bachar al-Assad s’accroît.

Pour y faire face, le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a demandé une rallonge de 1,2 milliard de dollars pour l’an prochain, tandis que le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, est prêt à aller même au-delà. Ils ont ainsi remis en cause un accord conclu avec le ministre des Finances, Moshé Kahlon, qui prévoyait un budget de seize milliards de dollars durant les cinq prochaines années (sans compter l’aide militaire américaine).

Le ministère de la Défense s’était engagé à rester dans ce cadre budgétaire. Mais selon Avigdor Lieberman, Israël est désormais confronté à de nouveaux défis. Selon lui, le pouvoir de Damas contrôle 90% des régions peuplées de Syrie. Ses forces ont commencé à mettre sur pied des divisions et des brigades, y compris pour la défense aérienne. «L’armée syrienne s’entraîne davantage, elle est mieux préparée et nous fait comprendre qu’elle peut faire face à un affrontement», estime le ministre. Selon lui, les Syriens disposent de batteries antiaériennes de type SA-22, même si, pour le moment, ils ne savent pas s’en servir.

En outre, les responsables militaires se livrent à une autocritique, en admettant le retard pris dans la protection des véhicules blindés et des chars contre les roquettes 9M133 Kornet dont dispose le Hezbollah — qui avaient fait des ravages contre Tsahal durant la guerre du Liban de 2006. Les analystes militaires ont également dû procéder à une réévaluation du Hezbollah, qui n’est plus considéré comme une organisation de guérilla contre laquelle il faut mener une guerre asymétrique, mais comme une armée ayant acquis une solide expérience sur le terrain en Syrie, capable par exemple de s’infiltrer en territoire israélien et d’y prendre un temps le contrôle d’un secteur.

Les militaires s’inquiètent en particulier des roquettes hybrides munies d’une tête explosive pouvant aller jusqu’à une tonne dont dispose la milice chiite, qui est aussi équipée de drones, d’un petit nombre de chars et de véhicules blindés. «Notre supériorité n’est pas aussi absolue que dans le passé», résume un officier.

Autre point inquiétant : l’accord sur le dossier nucléaire conclu en 2015 entre l’Iran et les grandes puissances pourrait être annulé par Donald Trump. Sur le papier, l’annulation de cet accord constituerait une victoire pour Benjamin Netanyahu, mais, dans ce cas, la menace militaire iranienne redeviendrait beaucoup plus tangible pour l’Etat hébreu.

Pour couronner le tout, les dirigeants israéliens sont très déçus de l’indifférence manifestée par Donald Trump sur le dossier syrien. «Le président américain a créé un vide que Vladimir Poutine s’est empressé de combler», souligne un responsable du ministère de la Défense, qui ne cache pas une certaine méfiance à l’égard de la Russie.

«Pour le moment, nous avons mis au point avec Moscou des règles du jeu en Syrie, mais rien ne dit qu’elles tiennent bon lorsque le partage des zones d’influence dans ce pays aura eu lieu», ajoute ce responsable. Il faisait ainsi allusion au système de coordination entre Israël et la Russie à propos de la centaine de raids aériens menés ces dernières années par l’Etat hébreu en Syrie contre des convois d’armes iraniennes destinées au Hezbollah et qui n’ont pas suscité, pour le moment, de réactions russes.

«Bref, nous nous attendons à de très sérieuses turbulences dans les prochains mois, qui seront décisifs pour savoir qui contrôle quoi en Syrie», conclut le responsable.

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