Sud libyen : la stratégie risquée du maréchal Haftar

Les récentes attaques qui se sont déroulées aux abords de Sebha, la capitale du Fezzan, et de l’oasis stratégique de Koufra, si elles démontrent un repli de l’Armée nationale libyenne (LNA), ne se résument pas pour autant à une victoire du gouvernement de Tripoli.

Dans le Sud, salafistes, trafiquants et mercenaires aux allégeances multiples gèrent leurs propres agendas, souvent au détriment des deux belligérants. Notamment la secte salafiste des Madkhalistes, introduite par Kadhafi pour s’opposer aux Frères musulmans.

Aujourd’hui financée par Riyad, elle cherche à devenir le nouvel acteur fort du grand Sud pour en contrôler les flux. Pour cela, elle cherche à affaiblir l’autre mouvance salafiste, dirigée par le grand mufti de Libye, Sadiq al-Ghariani, défenseur de l’école Malikite, dominante en Afrique du Nord et qui est soutenue par le Qatar et la Turquie. Alliée du maréchal Haftar à Koufra depuis 2016, via sa milice Subul al-Salam, elle l’est aussi au gouvernement GNA, via la Force Rada dans Tripoli, afin de poursuivre sa propre guerre idéologique.

Contrôlant le 604bataillon d’infanterie à Misrata, les Madkhalistes ont cherché à s’implanter dans Benghazi, avant d’être ciblés par le double attentat de la mosquée Bayaat-al-Radwan le 25 janvier dernier. Pour consolider leur emprise sur le grand Sud, ils ont dépêché fin 2017, depuis Tripoli, leur grand prédicateur, Majdi Hafala, juste après avoir détruit le tombeau du fondateur de l’ordre Soufi des Senoussi, fondateur d’un royaume saharien indépendant des Ottomans à partir de 1859, et dont la dynastie a régné en Libye jusqu’en 1969.

On mesure mieux l’influence des Madkhalistes lorsque l’on sait que la puissante tribu des Zuwaya qui domine Koufra, historiquement opposée à Kadhafi et jadis défenseur de l’ordre Senoussi, dirige la milice Subul al-Salam, qui a procédé à cette profanation ! Des mercenaires tchadiens et soudanais appartenant au JEM en provenance du Darfour affluent actuellement vers l’oasis de Rabyana mais aussi vers Zintan, pour s’opposer à l’alliance locale LNA-Madkhalistes.

La LNA est également en attrition à Sebha face à la tribu arabe Awlad Suleyman, qui dirige la 6Brigade. Une tribu qui cherche en parallèle à s’imposer face aux Toubous. L’arrêt de l’aide au développement de l’Italie a en effet considérablement exacerbé les luttes inter-tribales dans cette zone critique de la BSS.

Si le maréchal Haftar fait feu de tout bois pour maintenir son contrôle sur le Fezzan, son alliance avec les Madkhalistes pourrait bien lui coûter, ainsi qu’à ses alliés, l’aliénation du mouvement soufi, qui reste parfois, au sein des populations, le seul rempart contre la montée du djihadisme, comme l’illustre le conflit malien.

Articles similaires :
Partagez ce contenu :