SCAF : volonté politique et partage industriel  

La France et l’Allemagne devraient donc signer, lors du prochain salon ILA (du 25 au 29 avril), un accord – déjà paraphé – d’expression de besoin commun pour le programme SCAF d’avion de combat de sixième génération. Au-delà de cette indispensable impulsion politique initiale, il faudra, entre Français et Allemands, s’entendre sur les déclinaisons industrielles d’un tel programme, qu’il s’agisse du leadership et de la répartition de la charge industrielle («workshare») des parties «avion», moteur, systèmes et équipements.

Si rien n’est encore verrouillé à ce stade, l’industrie française ne pourra pas, à l’évidence, prétendre au leadership sur chacun de ces points, et certains choix – douloureux – seront donc nécessaires. D’autant que, face au seul Airbus côté allemand, le gâteau devra être partagé, côté français, entre Dassault, Thales et Safran.

Evidemment, Dassault semble aujourd’hui le plus légitime pour assumer un leadership sur la partie avion, qui comprend notamment les caractéristiques indispensables aux missions spécifiques des versions françaises du futur aéronef (dissuasion, navalisation, degré d’autonomie…). Un programme stratégique pour le groupe de Saint-Cloud, car si le lancement du standard F4 du Rafale, va donner un bol d’air frais à ses bureaux d’études pour les cinq prochaines années, celui du programme SCAF sera indispensable pour tenir au-delà.

La partie moteur impliquera pour Safran, qui n’a pas à craindre de concurrence allemande, un grand effort de rattrapage technologique : près de deux générations depuis le M88 (et probablement trois à l’horizon 2040).

Il est donc probable que ce soit sur les parties systèmes et équipements, comprenant notamment l’électronique, les senseurs ou l’intelligence artificielle – cœur du savoir-faire de Thales – que le partenaire allemand concentre l’essentiel de sa contribution industrielle.

Cet avion de combat du futur devra, par ailleurs, pouvoir être exporté, ce qui pose la question du degré d’ouverture de la plateforme aux équipements étrangers. Ainsi, l’ouverture du Rafale, plateforme initialement fermée, aux systèmes israéliens s’était notamment révélée décisive pour l’emporter sur le marché indien.

A ce stade, une seule chose semble acquise : ce programme est très fortement soutenu sur le plan politique, en France, par le Président de la République – qui en a fait un des marqueurs «défense» de son quinquennat – et par la ministre des Armées. Même son de cloche du côté d’Angela Merkel, chacun souhaitant logiquement un «verrouillage» rapide avant toute alternance politique susceptible de rebattre les cartes.

 

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