Russie : vers la fin de la flotte de haute mer ?

Le programme de modernisation de la flotte russe pour la période 2011-2020 prévoyait symboliquement la construction d’une centaine de bâtiments, mais un examen plus précis de son appareil industriel et des livraisons en cours démontre qu’elle serait peut-être sur le point d’abandonner cette capacité.

Le projet d’acquisition des bâtiments amphibies Mistral devant supplanter l’«Ivan Gren», lancé en 2004, avait démontré que les bureaux d’études russes n’étaient pas en mesure d’offrir une solution satisfaisante sur les bâtiments de grande dimension. Un sentiment confirmé au moment où le porte-avions «Kouznetsov», âgé de trente ans, entre en chantier de modernisation, et alors que les travaux de design de son remplaçant n’ont toujours pas débuté.

Pour compenser la perte des chantiers de Nikolaiev en Ukraine, où furent construits les porte-avions de classe Kiev et Kouznetsov, Moscou a bien tenté de maintenir ses compétences en construisant au profit de l’Inde le «Vikramaditya» (Classe Baku), même s’il s’agit d’un bâtiment désormais obsolète.

En revanche, les capacités anti-sous-marines restent prioritaires et si les croiseurs nucléaires de classe Kirov sont toujours en chantier de modernisation sur le chantier Sevmash de Severodvinsk, ils seront remplacés à terme par le destroyer de classe Leader. Un chantier de 300 ha qui construit également en parallèle onze sous-marins nucléaires de quatrième génération (cinq SNLE Borei A et six SNA de classe Yasen).

Mais bien que confrontée à d’importants problèmes de rétrofit (attrition des infrastructures, du personnel, des supply chains, des budgets…), la Russie réduit également le nombre de ses nouveaux bâtiments. L’écart entre ce qui était prévu en 2020 et ce qui sera opérationnel est considérable. Si les chantiers de l’Amirauté de Saint-Pétersbourg auront livré, entre 2010 et 2020, huit sous-marins d’attaque diesel Kilo à la Marine russe, celle-ci n’opérera que cinq des vingt sous-marins nucléaires de nouvelle génération, neuf des vingt frégates Amiral Gorshkov qui devaient constituer la colonne vertébrale de la flotte de haute mer, quatre des quatorze bâtiments lance-missiles Projet 22160, seize des quarante-et-une corvettes et patrouilleurs, un sur six bâtiments amphibies. Mais deux chasseurs de mines sur les deux prévus, et quatorze des quatorze patrouilleurs rapides.

Sans mot dire l’état-major revoit ainsi ses ambitions au profit de bâtiments plus petits, mais en décuplant la production de ses missiles de croisière avec un écart de plusieurs centaines d’exemplaires. Moscou, tout en maintenant ses capacités sous-marines de dissuasion et de neutralisation, accroît ainsi de manière considérable la menace littorale sur ses plus proches voisins.

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