Reaper : quelle francisation ?

La presse de défense anglo-saxonne a révélé, il y a quelques jours, la tenue de négociations entre Paris et Washington pour l’intégration d’un pod ISR français sur les six futurs Reaper Block 5 qui vont équiper l’armée de l’Air ainsi que sur les six autres Reaper déjà en dotation et qui seraient eux upgradés au standard Block 5. Cette francisation est depuis le début au cœur du contrat d’acquisition des Reaper.

Pour Paris, le Sigint étant un enjeu de souveraineté, les Reaper devaient à terme intégrer cette capacité. Thales propose d’ailleurs, depuis quatre ans, un pod d’écoute précisément dédié au drone américain. Mais l’US Air Force, qui reste, selon la loi américaine, propriétaire du système, traîne des pieds, d’autant que le contexte lui est favorable.

Dans le cadre des opérations dans la BSS, ce sont les nouvelles capacités Imint du Reaper qui séduisent les opérationnels, et notamment le COS, dont la parole pèse énormément puisqu’il est le destinataire final de plus de 80% des missions de surveillance par drone dans la BSS. L’enjeu du Sigint reste très limité dans la guerre au Mali car les insurgés utilisent désormais des moyens de communication alternatifs. L’Imint, en revanche, reste prédominant.

Or, depuis 2015, l’US Air Force a déployé en Afghanistan le pod Gorgon Stare 2 dont la vocation dédiée aux zones désertiques est double. D’une part, permettre, grâce à 192 caméras, d’identifier et de traquer combattants et véhicules sur une surface de 10 km2, mais aussi de créer une bulle de communication sécurisée 4G de 50 km de diamètre, pour permettre au commandement comme aux commandos de recevoir et d’envoyer en temps réel des alertes lors des opérations au moyen de simples tablettes.

Si cette solution pourrait accélérer de manière critique la boucle OODA (observer, s’orienter, décider et agir) la composante image vient précisément d’être améliorée par BAE Systems, qui propose désormais le pod Argus IS. L’Argus est capable de surveiller une zone de 50 km2 pendant 14 heures, et de réaliser des focus au rythme de 15 im/sec en haute résolution et en temps réel sur simultanément 65 points d’intérêt.

En revanche, MBDA sortirait son épingle du jeu. Les Reaper français n’ont pas été achetés armés des missiles Hellfire mais sont «armables». Le missilier a profité de cette opportunité pour proposer de franciser les Reaper tout en dopant leurs capacités. Si MBDA est en mesure de proposer le missile MLP d’une portée de 8 km, développé pour remplacer en 2021 les Hellfire sur les Tigre, il serait également question d’équiper les Reaper avec les Brimstone réalisés pour la Royal Air Force, dont la portée d’au moins 20 km et la charge surpassent l’armement actuel des drones américains. Mais surtout, ceci jetterait les bases d’une interopérabilité entre flottes de Reaper français et britanniques.

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