Pétro-stratégie au Kurdistan irakien

Alors que le gouvernement Maliki, à la veille des élections du 12 mai, se heurte à l’opposition farouche des milices et du clergé chiite mené par l’Ayatollah Ali al-Sistani, le Kurdistan irakien est en passe de devenir un nouvel espace d’affrontement entre Russes et Américains.

Instrumentalisé par Bagdad dans la lutte contre Daech, le Gouvernement régional du Kurdistan (KRG), appuyé par ses peshmergas, administre depuis le nord du pays et ne cesse de réclamer son indépendance, la justifiant par l’instabilité des institutions irakiennes et le manque de soutien économique à son développement. En fait ce sont les ressources pétrolières qui sont au cœur des dissensions avec le gouvernement central, et plus précisément les champs de Kirkuk et de Bai Hassan repris à Daech par les peshmergas, et neutralisant du même coup la source principale de financement du mouvement djihadiste.

Alors que Washington n’a cessé de repousser sa promesse de soutien à l’autodétermination de ce territoire, les forces armées irakiennes, soutenues par les unités de mobilisation populaire chiites (Hachd al-Chaabi), ont multiplié depuis juillet 2016 les offensives pour recouvrer ces champs pétroliers avant d’y parvenir en octobre 2017.

Le ministre du Pétrole, Jabar al-Luaibi, s’est alors empressé de signer un accord avec la North Oil Company et BP pour l’exploitation de ces ressources. Mais en y regardant de plus près cet accord initie un tournant stratégique puisqu’il a pour but non plus d’alimenter la Turquie grâce à l’oléoduc Kirkouk-Ceyhan, mais de construire un nouvel oléoduc de 1 700 km à destination de l’Iran, vers Bander Abbas sur le détroit d’Ormouz. Un accord qui casse du même coup non seulement l’alignement irano-russo-turc sur la région, mais également le projet de reconstruction de l’oléoduc russe de Kirkuk à Banniras en Syrie, détruit en 2007 par les Américains lors de l’intervention en Irak.

Le KRG estime avoir été floué par l’ancien secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, lui-même ancien d’Exxon. Depuis, le patron du groupe pétrolier russe Rosneft, Igor Sechin, souffle sur les braises. Confident de Poutine et considéré comme la main du FSB dans les milieux énergétiques russes, Sechin use de l’arme énergétique pour servir la stratégie du Kremlin. Impliqué dans l’annexion de la Crimée, dans l’exploitation du pétrole syrien, dans la prise de participation record du russe Surgutneftegas dans le groupe pétrolier hongrois MOL, ce dernier a adressé récemment une lettre au gouvernement irakien, rendue publique, pour critiquer sévèrement la manière dont la zone autonome kurde était traitée, et a annoncé son intention de multiplier les accords pétroliers avec le gouvernement autonome d’Erbil. Au regard de l’importance que revêt Kirkouk pour les intérêts russes au Proche-Orient, un nouveau conflit dans cette région est à craindre.

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