Paris et Londres : objectif mer de Chine

Le discours de Mike Pompeo ne semble guère avoir convaincu les membres de l’ASEAN, qui soupçonnent le gouvernement Trump de ne pas faire le nécessaire pour neutraliser les ambitions chinoises en mer de Chine.

Les économies américaines et chinoises sont à ce point intriquées qu’une opération d’envergure contre Pékin semble peu probable, même si cette éventualité stimule les marchés de la BITD américaine. Malgré onze opérations FONOPS (Freedom of navigation operations) depuis 2015, la stratégie américaine en mer de Chine semble inopérante.

Au contraire, le dispositif chinois ne s’est jamais autant renforcé. Sept îlots artificiels ont été construits pour bâtir une bulle d’interdiction dans la zone. Mischief et Fiery Cross accueillent désormais une base radar et un centre de brouillage. Ces îlots, comme celui de Subi, servent également de base de lancement aux missiles antinavires YJ-12B et sol-air HQ-9B. Quant à Woody Island, elle est devenue la base d’où rayonnent désormais les bombardiers à capacité nucléaire H-6K.

Pourtant le retour de deux acteurs historiques semble inquiéter la diplomatie chinoise. L’opération navale initiée le mois dernier par Paris et Londres aux abords des Paracels, avec comme porte étendard le bâtiment d’assaut de 22 000 tonnes HMS «Albion», n’a rien d’une démonstration de force ponctuelle. Contrairement aux FONOPS américaines, il s’agit ici d’une FON (Freedom of Navigation Patrol) dont la vocation se veut permanente. En juin dernier les «deux Royales» ont précisément sécurisé le passage entre Mischief, Subi et Fiery Cross. Et conformément à ses engagements dans le cadre du dialogue de Shangri-La, Paris a mené pas moins de cinq opérations sur zone en 2017.

Considérant la liberté de navigation en Asie du Sud-Est comme critique pour leur sécurité économique, la France et la Grande-Bretagne sont depuis toujours des acteurs incontournables de la sécurité maritime dans le détroit de Malacca. A la faveur de leur rapprochement politique avec le Vietnam, et opérationnel avec l’Australie depuis le projet de sous-marins Sea-1000 (plateforme française, capteurs britanniques, systèmes d’armes américains), Londres et Paris pourraient bien s’installer durablement en mer de Chine.

Car c’est précisément la permanence de ces missions de sécurisation qui distingue le couple franco-britannique de Washington. Une approche inscrite dans les Livres blancs respectifs des deux pays comme dans celui de l’Australie, et qui interviendra au profit de la sécurité de l’ensemble des acteurs régionaux.

 

Articles similaires :
Partagez ce contenu :