Otan : innovation et transformation

L’innovation, un thème décidément central cette année, est au cœur du fonctionnement et du travail du Commandement Allié Transfor­mation (ACT) de Norfolk (Etats-Unis). Son patron, le général Denis Mercier, quittera bientôt son poste (et l’armée de l’Air le 13 septembre), laissant un commandement profondément rénové. De passage en France, il s’exprimait cette semaine sur le sujet lors d’un atelier organisé par le Forum Hippocampe, après un échange sur l’innovation avec la députée LREM Aurore Bergé.

Un chantier entamé il y a un an et demi, lorsque les deux grands commandements de l’Otan (ACT et le Commandement Allié Opérations – ACO) se sont vus poser la question de leur niveau d’adaptation aux nouvelles menaces et à la grande complexité du contexte international reconnus lors du sommet de Varsovie. Après un état des lieux, les deux commandeurs ont alors lancé un grand chantier de rénovation visant à clarifier les rôles de chacun en traitant les incohérences et duplications éventuelles. Son plan final de mise en œuvre sera délivré fin avril et devrait être approuvé en juin par le Conseil des ministres (Bruxelles).

En substance, l’ACT, aujourd’hui défini comme «Warfare Development Command», est chargé de la préparation de l’avenir, laissant l’ACO – «Warfighting Command» – en charge de l’ensemble du spectre des capacités opérationnelles actuelles. Le commandement du général américain Curtis Scaparrotti pourra ainsi se réapproprier pleinement certaines capacités, comme la planification, le ciblage ou le cyber, qui ont, ces dernières années, parfois été margina­lisées au profit des seules capacités expéditionnaires.

Une clarification des rôles qui aura aussi permis de simplifier les relations entre la gouvernance de l’Alliance et son management, Bruxelles pouvant désormais facilement identifier et dialoguer avec le commandement en charge de tel ou tel dossier ou question précise.

Parallèlement, cela aura aussi permis aux deux commandements d’accroître leurs synergies et de mieux travailler ensemble. Par exemple sur des problématiques «multi-domaines» comme les bulles d’interdiction (A2/AD), avec un document devant bientôt être délivré aux Etats membres et prenant en compte l’ensemble des dimensions du problème (logistique, cyber, segment spatial…) à partir d’hypothèses simples.

Pour le général Mercier, qui définit l’ACT comme une structure visant à créer des «autoroutes de l’information», il est indispensable d’adopter une approche centrée sur la donnée : les futures capacités seront ainsi des objets connectés et le premier chantier à lancer doit être celui du réseau devant les relier. C’est par exemple le cas avec les futurs systèmes de surveillance et de contrôle (Awacs), qui doivent d’abord poser la question du choix d’architecture du flux de données, avant celle de la ou des plateformes, qu’elles soient pilotées ou non.

C’est aussi cette approche, essentielle à l’interopérabilité des moyens entre alliés, que prône le général Mercier dans le programme de futur avion de combat franco-allemand, estimant qu’il est important, pour ne pas reproduire les erreurs du programme F-35, que Français et Allemands travaillent étroitement en amont avec l’Alliance, en exprimant leurs besoins opérationnels pour que l’ACT puisse les intégrer et les transformer en normes Otan.

Dans le cadre du Federated Mission Networking (FMN), ce processus normatif fonctionne en spirales : des premières briques jusqu’aux architectures les plus complexes, chaque étape implique un échange continu avec les Etats membres (consultations, validations, expérimentations…). C’est cette logique incrémentale qui a été expérimentée dans l’Enhanced Forward Presence (bataillons déployés en Pologne et dans les pays Baltes), l’ACT demandant dans un premier temps à chaque Nation d’être compatible en termes de communications avec ses alliés.

A propos d’interopérabilité, le général Mercier estime qu’elle pose souvent plus de problèmes sur les plans politiques que du point de vue strictement technique : ainsi, en matière de coordination des feux, le processus de numérisation ne posera pas de problèmes insurmontables, le véritable défi étant d’obtenir un niveau de confiance suffisant entre alliés pour que les différentes armées acceptent de déléguer certaines fonctions (ciblage, feu…) à leurs partenaires…. Ce qui implique suffisamment de communalités en matière d’appréciation des menaces, de règles d’engagement et de niveau de compréhension. Un problème qui ne manquera pas de se poser en matière de futurs systèmes militaires autonomes…

Enfin, le général Mercier laissera aussi un commandement de Norfolk mieux intégré au microcosme américain des think tanks et des centres d’innovation, malgré un déficit général de visibilité de l’Otan aux Etats-Unis. L’ACT a ainsi été intégré, via des mécanismes de dialo­gue et d’échanges, au plan d’innovation «IA et interface homme-machine» du Strategic Capability Office du Pentagone. Une première encourageante alors que les plans précédents s’étaient faits sans aucune consultation avec les alliés.

Articles similaires :
Partagez ce contenu :