Mouchard planétaire  

L’application Strava, compatible avec de nombreuses montres connectées et permettant de mémoriser, d’échanger et de visualiser les performances physiques en temps réel, a connu un grand engouement au sein de la communauté militaire internationale.

L’émotion suscitée la semaine dernière, en raison des risques de sécurité liés au mode de cartographie en ligne fusionnant les 13 mille milliards de coordonnées GPS collectées auprès des utilisateurs, a créé un vent de panique au sein des services de sécurité (niveau d’activités de certaines installations militaires, itinéraires utilisés lors des patrouilles et leurs fréquences, zones réservées), qui ont interdit l’utilisation de l’application.

Pourtant, cette polémique a tout du réchauffé, cette carte étant disponible et exploitée par les experts de l’Osint depuis plusieurs années. Quelles informations inédites peut-on exploiter sur Strava ? Sans recourir à des outils complémentaires, cette cartographie a pu livrer d’emblée la localisation de plusieurs FOB en Afghanistan, les transits sur la base russe de Kuzminsky à la frontière ukrainienne, ou encore le centre de commandement sol-air taïwanais ainsi que la batterie de missiles Patriot émiratie au Yémen.

Couplée à Google Earth, Strava est donc un moyen puissant pour identifier le niveau d’activité des sites militaires sensibles, qui se distinguent la plupart du temps à l’image par la présence de périmètres de sécurité. L’enrichissement des cartes par des données de terrain issues de la communauté des utilisateurs de Wikimapia ou d’Openstreetmap permet d’aller encore plus loin et d’identifier les gisements d’activités dans les zones désertiques, comme la sécurisation des pipelines en Syrie, les détours utilisés par les trafiquants, les circuits des tour-opérateurs…

Strava permet aussi de révéler certains paradoxes. Ainsi aucun personnel militaire ne semble autorisé à pénétrer dans le camp 7 de Guantanamo, qui reste interdit aux rapporteurs de l’Onu, et où sont détenus les djihadistes à plus «haute valeur» ayant transité par les centres de détention clandestins de la CIA, comme Abu Zubaydah ou Rahim al Nashiri. Les coordonnées GPS collectées à proximité de certains sites moscovites sensibles (Kremlin, aéroport Vnukovo..) sont sans rapport avec la réalité et démontrent l’efficacité des dispositifs de brouillage GPS mis en place par les autorités russes.

En somme, les ressources ouvertes de Strava permettent d’imaginer les fonctionnalités offertes par les malwares commerciaux, qui permettent de suivre simultanément plusieurs dizaines de milliers d’individus…

 

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