Moscou et la géopolitique cyber

Selon le journal moscovite Izvestia, les forces russes devraient disposer en 2020 de leur propre cloud géant, non seulement pour sécuriser le stockage de leurs données mais aussi pour ne pas être coupées du monde en cas d’offensive cyber massive sur internet.

Sous la houlette du conseiller personnel de Poutine en matière de technologies de l’information, Herman Klimenko, ce domaine est devenu en quelques années pour le Kremlin l’objet d’une géopolitique à part entière. La préoccupation des autorités russes consiste à réduire désormais leur dépendance à l’égard de toute ingérence occidentale. Logiciels et composants sont destinés à être développés et produits localement.

Depuis 2016, l’armée dispose de son propre réseau intranet à très haut débit projetable, le CDTS, fondé en partie sur le réseau de Rostelecom et le réseau mobile MSRAF. Créer un réseau internet parallèle semble constituer l’autre préoccupation des Russes. Depuis la défection d’Edward Snowden, ils sont en effet convaincus que le premier objectif d’une offensive américaine consisterait à les déconnecter d’internet pour atteindre leur économie et leur administration, comme l’a démontré l’exercice Zapad 2017.

Lors du prochain sommet des BRICS, qui se déroulera à Johannesbourg en juillet prochain, les pays signataires adopteront un service DNS russe, parallèle à celui géré par les Américains, et qui permet d’associer adresses IP et noms de serveurs web pour parer à tout risque de détournement de connexions ou d’intrusions.

Mais cette stratégie est également offensive et s’articule à des enjeux territoriaux. En prenant, par exemple, possession de plusieurs centaines de milliers de routeurs au niveau mondial, les Russes ont considérablement renforcé leur maîtrise des flux circulant sur internet. Mais aussi en se rapprochant des câbles océaniques transitant par la mer Noire ou la Méditerranée.

Dans ce domaine la hiérarchie des puissances s’organise autour de quatre pays : les Etats-Unis, l’Espagne, la France et la Russie. En réalisant l’analyse réseau des 285 câbles sous-marins, on découvre en effet que Washington, Paris, Madrid et Moscou se situent sur le plus court chemin des connexions entre n’importe quel autre pays. Le trafic bulgare, roumain, turc, chypriote, ukrainien, géorgien, indien, chinois, taïwanais, japonais, celui d’une grande partie de la Corne de l’Afrique, de l’Océan indien, ou du Moyen-Orient passe ainsi directement par des serveurs russes…

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