Moscou cible le C4I et les missiles de croisière de l’Otan

Même si le Pentagone soutient que le système sol-air russe S-300VM, dédié à la neutralisation des missiles de croisière et déployé à Tartus en octobre 2016, n’a pas été utilisé lors de l’opération Hamilton, cette dernière a fait réagir en Russie. Deux jours après l’attaque, le patron de la guerre électronique des forces russes publiait une tribune remarquée dans le quotidien militaire Krasnaya Zvezda.

Pour le général Youri Lastochkin, la guerre moderne change de nature, et voit les chocs frontaux entre divisions céder régulièrement le pas aux opérations sans contact dans la profondeur. Ces opérations côté occidental s’appuient sur le concept de C4ISR et sur l’intrication entre renseignement électronique, communication/radio-navigation, et réseaux informatiques de commandement. Pour lui, l’ultra-dépendance de l’Otan aux technologies de l’information est une opportunité sans précédent pour la Russie et ses alliés de renverser la situation, à la condition de ne pas limiter les forces de guerre électronique à des missions de support au combat (KTK) mais bien en force autonome.

Cette confiance dans le pouvoir disruptif des capacités de guerre électronique russes est en fait récurrente dans les écrits du général Lastochkin, comme il l’a démontré dans plusieurs articles publiés en 2017 dans la revue officielle de l’état-major, Voyennaya Mousl (Pensée Militaire). La gouvernance politico-militaire russe accorde en effet une importance capitale à la guerre électronique pour garantir la sécurité de ses intérêts.

L’exploitation de ces articles permet d’en extraire les tendances lourdes. Rationalisation et indépendance industrielle avec la création du groupe Kret, modernisation des équipements à hauteur de 70% à l’horizon 2020, dont l’introduction de systèmes d’IA prédictifs, recrutement de 200 experts universitaires sous contrat au cours des 24 derniers mois, doublement des fréquences d’entraînement, création d’un centre de situation dédié qui relie les brigades de «Radioelektronnaya Borba» aux unités sur le terrain… l’objectif reste constant depuis l’avènement de la doctrine Gerasimov : contrer les moyens de reconnaissance de l’Otan, désorganiser son réseau C4ISR, et… neutraliser les systèmes de navigation de ses armes de précision. Et c’est en effet ce qui frappe le visiteur des salons d’armements russes, les drones Reaper, les Awacs, et les missiles Tomahawk sont les thématiques prioritaires des vidéos promotionnelles des groupes Kret et Almaz Antey.

Plusieurs nouveaux systèmes, en développement ou déjà opérationnels, concourent à cette ambition. Evoquons la barrière électronique Zaslon-REB, le nouveau véhicule de brouillage destiné à remplacer les Krasukha 2 et 4, le nouveau dispositif de contre-mesure aérien Tarantul, et le nouveau complexe de reconnaissance et de spoofing révélé par Kret l’été dernier, qui contrôle et met également en réseau les brouilleurs mobiles de longue portée Murmansk-BN. Ces brouilleurs, opérationnels depuis 2016, ciblent depuis la Crimée, et sur un rayon de 3 000 km, toute la flotte de l’Otan en Méditerranée.

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