Monsieur M et Monsieur H

Alors que l’espionnage russe fait parler de lui avec l’affaire Skripal, c’est la Chine qui se distingue de nouveau : à Washington, la CIA se retrouve sur la sellette avec la perte, de 2010 à 2012, de son réseau de sources en Chine. Deux anciens officiers de la CIA, Kevin Mallory et Jerry Chun Shing Lee, ont, depuis, été inculpés pour espionnage au profit des services chinois, alors que l’enquête sur les pertes de la CIA n’est pas terminée.

A Londres, le MI6 aurait également perdu des sources, tandis que le FSB russe interpellait, début 2017, un dénommé Youri Djanseytov. Ce petit-fils d’un tchékiste victime des répressions de 1937 a été inculpé pour trahison. Seul indice : il s’était rendu en Chine en 2016.

En France, ce sont deux anciens de la DGSE qui ont été inculpés pour trahison au profit des services chinois. L’un, le lieutenant-colonel du cadre spécial Henri M, avait servi comme chef de poste à Pékin de 1997 à 1998, avant d’être rappelé à Paris et congédié à cause de sa liaison avec une chinoise, interprète de l’ambassadeur de France. Le journaliste Franck Renaud, qui avait dévoilé l’affaire dans son ouvrage «Les diplomates», a indiqué à TTU que Pékin aurait été son premier poste à l’étranger. Après avoir quitté la DGSE, il s’est brièvement lancé dans le consulting, en créant une entreprise de conseil sur la Chine en 1999 (dissoute en 2002), puis une autre à Londres en 2002 (elle sera dissoute en 2005) avec son demi-frère, Monsieur C. Ce dernier a, selon une source, lui aussi travaillé à la DGSE, avec au moins un poste en Afrique, où il aurait été signalé pour des «problèmes de comportement». Parallèlement, en 2003, Henri M est reparti en Chine pour se marier avec l’ex-interprète, à la grande inquiétude de la DGSE.

L’autre taupe, Pierre-Marie H, a été décrite par une source comme ayant fait toute sa carrière au Boulevard Mortier, sans avoir eu d’affectation diplomatique à l’étranger. D’abord au service en charge des «organisations de masse» au sein du contre-espionnage de la DGSE vers la fin des années 80-début des années 90. Il est à noter que Henri M travaillait également au contre-espionnage de la DGSE à ce moment. Ayant bénéficié d’une mise en disponibilité, Pierre-Marie H est parti travailler dans une mairie de Saône-et-Loire, avant de revenir au début des années 2000 à la DGSE, où il aurait été affecté à son service de sécurité…

Retraitées toutes les deux depuis plusieurs années, ces deux taupes ont pu faire des dégâts en dévoilant aux services chinois les méthodes de travail, les sources et les identités des officiers traitants de la DGSE, mais ne pouvaient plus avoir accès aux informations actuelles de la Piscine. Il apparaît plus probable qu’elles soient tombées en tentant de tirer les vers du nez de leurs collègues toujours en activité… lesquels auraient prévenu la sécurité interne de la DGSE. Ironie de l’histoire, Pierre-Marie H s’était dernièrement lancé en politique, en tant que membre d’un parti souverainiste…

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