MMP : quelle concurrence ?

MBDA espère capitaliser sur le label «combat proven» du missile antichar MMP (missile moyenne portée), en cours de livraison dans l’armée de Terre et déployé dans la BSS en septembre prochain, pour cibler les marchés export. Profitant du retour de la menace de la force blindée lourde et du durcissement des conditions de combat dans les conflits récents, le missilier européen insiste notamment sur le caractère évolutif d’un système développé en étroite collaboration avec son client de lancement français, mais qui reste parfaitement reconfigurable en fonction des besoins d’éventuels clients à l’export.

Initialement conçu pour une utilisation en mode «tire et oublie» (accrochage avant tir) par l’infanterie française, le mode de tir au-delà de la vue directe étant réservé à la cavalerie (version montée sur Jaguar bénéficiant de senseurs embarqués spécifiques), notamment pour le tir à couvert, les essais avec la DGA et sa mise en service ont pourtant fait évoluer sa doctrine d’emploi. Ainsi, il s’avère que ce dernier mode fait également sens pour les fantassins, pour lesquels il est relativement simple d’utilisation.

Par ailleurs, MBDA travaille avec l’armée de Terre et les forces spéciales sur une nouvelle palette d’emploi du MMP dans laquelle le fantassin peut connecter une simple tablette au poste de tir pour la mise en œuvre de ce mode, un drone pouvant par ailleurs être connecté pour la désignation de cible. Ou encore à la connexion du MMP à l’environnement collaboratif Lynkeus, initialement développé par MBDA pour les unités non «félinisées» des forces spéciales et qui peut facilement s’interfacer au SIC Scorpion (SICS). C’est tout cet «environnement» que MBDA souhaite, au-delà du missile et de son poste de tir, proposer à l’export, en version fantassin (le marché cible étant typiquement celui du chef de section avec sa bulle antichar) et celle montée sur véhicule (comme sur Jaguar, VBCI ou sur tourelle Impact), même s’il faudra pour cela développer au préalable, avec les forces françaises, des concepts opérationnels adaptés.

Face à cette offre de «cinquième génération», la concurrence israélienne réagit. Rafael a ainsi renforcé sa communication marketing autour de l’offre Spike LR 2 doté d’une portée accrue (annoncée à 5,5 km, 10 sur hélicoptère !), de 30% de pénétration en plus par augmentation de la charge militaire, d’une centrale inertielle et surtout doté d’un nouvel autodirecteur (en infrarouge non-refroidie). Le tout en gagnant un kilogramme sur le poids total du missile ! Mais les experts restent sceptiques sur la capacité de Rafael à proposer autre chose qu’une refonte complète du système, y compris l’interface logicielle avec le poste de tir. L’annonce d’une qualification fin 2018 est ainsi jugée «peu crédible», le développement d’un nouvel autodirecteur, sa validation et qualification étant un processus très chronophage. Ainsi, lors de la dernière réunion à la mi-mai du club des utilisateurs de Spike, aucun tir, même d’une version intermédiaire du LR 2, n’a eu lieu.

Enfin, du côté de l’américain Raytheon, aucune évolution notable du Javelin n’est attendue à moyen terme, faute de besoins exprimés par les armées US et donc de programmes financés…

 

Articles similaires :
Partagez ce contenu :