Menaces islamistes sur Nairobi

Les islamistes somaliens menacent de plus en plus ouvertement le Kenya de lancer des attaques contre son territoire, l’accusant de soutenir contre eux des groupes armés composés de Kenyans d’origine somalie.

La semaine dernière, Sheikh Ali “Dheere” Mohammad, l’un des porte-parole islamistes, affirmait ainsi que, début octobre, Nairobi avait soutenu le Hizbul Islam de Sheikh Ahmed “Madobe” Mohamed, au cours des combats face aux Shabaab pour le contrôle de Kismayo. Le soutien kenyan au Hizbul Islam serait appuyé par des Occidentaux, laissent entendre des sources islamistes, qui accusent également le Kenya d’abriter les forces spéciales américaines qui opèrent en Somalie.

Mais le ton monte également du côté kenyan, où plusieurs officiers de l’état-major confiaient récemment leur souhait de mener des opérations préventives contre les islamistes. Accusant les Shabaab d’infiltrer les madrasa du nord du pays et d’y enrôler de jeunes Kenyans.

Une crainte confirmée par des sources locales, qui soulignent que, chez certains commandants djihadistes, la tentation est grande d’étendre les opérations au Kenya, en s’appuyant sur les clans Darod qui vivent à cheval sur la frontière, et sur la minorité musulmane.

En juillet dernier, les miliciens islamistes avaient déjà menacé Nairobi d’une campagne d’attentats dans cette ville, en cas de participation à l’AMISOM. Plusieurs agences de sécurité occidentales avaient alors invité les expatriés à la prudence, en raison d’un risque d’attentat suicide qualifié d’élevé. En effet, la zone frontalière est le lieu d’incidents répétés et le théâtre d’incursions somaliennes.

En août dernier, des combattants islamistes ont mené une incursion dans la ville frontalière de Mandera, en offrant entre 300 et 500 dollars pour recruter des combattants. Un raid qui faisait suite à l’enlèvement de trois humanitaires étrangers installés dans la ville quelques semaines auparavant. Signe supplémentaire de la dégradation de la situation : une quinzaine de militaires kenyans ont été tués la semaine dernière, au cours de l’attaque de leurs camp à proximité du village de Nadapal, non loin de la frontière soudanaise.

Pour l’heure, rien ne permet d’accuser les groupes islamistes, mais cette nouvelle attaque vient souligner un peu plus le caractère volatil de la situation dans le nord du pays. La zone est, en outre, considérée comme l’une des principales filières d’accès pour les combattants étrangers désireux de gagner la Somalie. Nairobi, qui peine à assurer un contrôle efficace de la zone frontalière, notamment en raison de la corruption endémique de ses forces de sécurité, a cependant renforcé ses troupes dans la région, ces dernières semaines, et particulièrement après la mort de Saleh Ali Saleh Nabhan (lire TTU Monde Arabe n° 617).

La semaine dernière, les autorités kenyanes ont de nouveau fermé plusieurs axes routiers et postes-frontières et intercepté, à proximité du village de Libio, un ressortissant américain qui tentait d’entrer clandestinement en Somalie. Une arrestation qui vient confirmer un peu plus la présence croissante de djihadistes étrangers en Somalie, désormais estimés entre 500 et 700 hommes.

Le FBI soupçonne l’un des kamikazes de l’attaque contre le QG de l’AMISOM d’être un Américain d’origine somalienne. Rappelons qu’un autre Américain était impliqué dans les attentats suicides menés en Somaliland en octobre 2008. Une demi-douzaine au moins de citoyens américains seraient ainsi présents actuellement en Somalie, selon des sources sécuritaires, qui confirment que le FBI enquête sur la disparition d’une vingtaine de binationaux, suspectés d’avoir rejoint les islamistes somaliens.

Ces appels aux combattants étrangers sont largement relayés par Al-Shabaab, à travers les vidéos d’Omar Hammami, alias Abou Mansour al Amriki, un des commandants étrangers d’Al-Shabaab qui, selon certaines sources, aurait servi un temps au sein des forces américaines et constituait l’une des cibles du raid des Navy Seals en septembre dernier.

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