Lutte ASM : l’adversaire et concurrent chinois

Bulles d’interdiction, technologies hypersoniques et quantiques, armes antisatellites, LIO… domaine après domaine, la Chine, absente du salon Euronaval, n’en investit pas moins des sommes considérables pour tuer dans l’œuf toute intervention militaire occidentale pouvant constituer un coup d’arrêt à ses ambitions régionales.

Jusqu’à récemment la lutte anti-sous-marine représentait le maillon faible de cette stratégie, au point d’empêcher Pékin de contester la supériorité aérienne et navale de ses adversaires dans ses eaux régionales. Une faille que l’APL entreprend de combler au pas de charge. La doctrine ASW chinoise répond à deux priorités. En temps de paix, surveiller l’activité sous-marine près de son littoral jusqu’à la première chaîne d’îles. En temps de guerre, neutraliser la menace sous-marine, avec une priorité aux abords de ses ports civils et militaires, et de ses bâtiments opérant dans la région.

Au regard de l’ordre de bataille adverse, le saut qualitatif est considérable pour l’APL, notamment sur le segment aérien. La flotte de voilures tournantes chinoises de patrouille maritime ne semble pas, pour l’instant, répondre aux besoins. Les Z-9 navalisés (Dauphin) de seulement 4 tonnes sont limités en charge de senseurs et en endurance. Si les Kamov-28 russes sont, en revanche, des vecteurs efficaces, leur modernisation en équipements et armements récents développés localement est problématique. Une alternative a été explorée avec les Z-18F de 13 tonnes, mais, trop lourds, ils ne peuvent être accueillis par aucune des frégates chinoises. Reste la solution du Z-20F, copie du Seahawk, mais qui, si son développement aboutit, ne sera opérationnel que dans plusieurs années.

En termes de voilures fixes déployées au sol, l’APL se concentre sur un seul appareil, le quadrimoteur KQ-200 ou Y8-x, dérivé de l’avion de transport tactique Y-9. Plus gros qu’un P-3, son emploi serait proche du C-130 J Sea Hercules avec un rayon d’action de 5 620 km. Doté de systèmes infrarouges, d’un radar APSO-504(V)3, d’une suite de contre-mesures (ECM), et de sonars flottants, quatre sur un total de huit plateformes sont actuellement déployées en mer de Chine.

Mais pour assurer les missions dans les eaux régionales, près de 30 plateformes seraient nécessaires, et plus de 90 pour répondre aux ambitions extérieures de la Chine, pour peu qu’elle puisse trouver les bases navales qui lui font actuellement défaut. Sa marine concentre en fait son dispositif ASW sur ses plateformes de surface. Des progrès spectaculaires ont été accomplis depuis 2010 en termes de senseurs et d’armement à longue distance, couplés à une production massive de plateformes à vocation ASW.

Une nouvelle génération de sonars VDS, dont le nom est toujours inconnu, équipe désormais en standard 12 frégates 054A, 10 destroyers 052D et 20 corvettes 056A. Une capacité encore plus impressionnante lorsque l’on sait que les quantités définitives de ces plateformes seront de 30 frégates 054A, 14 destroyers 052D et 60 corvettes 056A (dont 40, les 054A+, dotées de ce nouveau VDS).

En termes d’armements, on note la même progression depuis 2010 grâce à deux systèmes. Tout d’abord, avec l’apparition du missile anti-sous-marin YU-8 à lancement vertical, similaire au VL-ASROC américain, d’une portée de 50 km, qui emporte des torpilles Yu-7 ou Yu-11, et permet désormais à la marine chinoise d’engager une grande partie des sous-marins adverses à distance de sécurité, depuis toutes ses frégates 054A. Un autre missile anti-sous-marin supersonique aurait récemment fait son apparition, baptisé WS, qui porterait à 100 km. Réalisé par Poly Technologies, il serait dérivé des roquettes utilisées sur le MLRS WS-3.

Enfin, la Chine s’appuie également sur une barrière acoustique déployée par la nouvelle classe de bâtiments Type 927 munis de deux coques, pour intervenir en appui de toutes les plateformes ASW. Elle dispose actuellement de trois navires de 90 m de long répartis sur ses trois théâtres de commandement, et inspirés de la classe américaine «Impeccable». Cette capacité SURTASS, partagée par seulement une poignée de marines dans le monde, démontre l’ambition chinoise dans ce domaine.

Si les efforts de Pékin dans la lutte ASW semblent, pour le moment, contrastés entre domaine naval et aérien, le rythme imposé par la BITD chinoise devrait stimuler l’innovation des industriels occidentaux en raison de l’importance des marchés exports de la zone.

Articles similaires :
Partagez ce contenu :