Libye : l’inquiétude des experts américains

Si plusieurs experts américains ont récemment salué l’initiative de l’Elysée pour réunir les conditions nécessaires à la tenue d’élections législatives en Libye à la fin de cette année, ils ont en revanche déploré l’obsession des Européens pour la crise migratoire, et le déploiement sans cesse reporté d’une force civile de stabilisation réclamée par le gouvernement Sarraj à Tripoli. Pour eux, la menace est double. Voir le maréchal Haftar se substituer au rôle d’arbitre de l’Onu dans la répartition des pouvoirs, suivi du risque de laisser la place vacante à une intervention russe.

Plus grave, les Européens sont également montrés du doigt pour ne pas avoir contribué suffisamment aux opérations de stabilisation qui ont succédé à l’intervention de 2011, précipitant ainsi la Libye dans le chaos à partir de 2014. Ces atermoiements européens pourraient préparer le retour de l’Etat islamique, relancer une nouvelle crise migratoire, voire semer les germes d’un second scénario syrien aux marches de l’Europe.

Mais Washington n’est guère en situation de montrer l’exemple puisque les frappes de drones ciblant les réseaux terroristes sont passées de 497 en 2016, à 2 en 2018 ! En outre, l’actualité de ces derniers jours a encore démontré que la prudence restait de mise. Si le maréchal Haftar est à nouveau parvenu à reprendre Derna à la coalition des milices islamistes réunies sous le nom de Choura des Moudjahidine, ce succès et la stratégie de communication qui l’a accompagné ne sont pas parvenus à rassurer.

Car la bataille de Derna ne correspond certainement pas à la chute du dernier bastion islamiste, au vu des effectifs encore présents dans le sud, à Tripoli et à Benghazi. L’Onu et Amnesty International vont même jusqu’à évoquer que les moyens employés par la Libyan National Army d’Haftar (LNA) pourraient même pousser les populations civiles dans les bras des djihadistes. Mais après avoir échoué cette année à reconquérir la Tripolitaine, et avoir subi plusieurs défections de milices au profit de Tripoli, la LNA devait se réaffirmer par la force.

En fait, loin de stabiliser la situation, le forcing employé lors de cette opération a contribué à relancer les attaques dans le croissant pétrolier, officiellement contrôlé par les troupes d’Haftar. Le 14 juin, les Brigades de défense de Benghazi, commandées par Ibrahim Jathran, ont incendié le tanker n° 2 de Fida à l’ouest du terminal stratégique de Ras Lanuf, qui peut stocker jusqu’à 980 000 barils. Le 17 juin, une seconde attaque a touché sur le même site le tanker n° 12. Le 18, la compagnie pétrolière nationale NOC émettait un message d’alerte quant au risque d’extension de l’incendie à l’ensemble des autres tankers. Ce retour de la guerre du pétrole et la chute des revenus qui en sera le corolaire risquent d’hypothéquer lourdement le résultat des futures élections.

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