Les militaires sur Internet

Par Laurence Ifrah, criminologue

Les réseaux sociaux regorgent d’informations précieuses. Les premières cibles sont les militaires dont l’isolement et l’éloignement les incitent à communiquer à leurs proches leurs états d’âme et bien souvent ils se laissent aller à raconter des anecdotes vécues sur les théâtres d’opération, à publier des photos d’eux et de leurs camarades et par conséquent à divulguer des informations pouvant être utilisées par les forces ennemies.

Ce fut notamment le cas pour les soldats britanniques en Grande-Bretagne, les canadiens et les américains qui furent souvent victimes de ces publications en Irak. Les organisations proches du mouvement Al-Qaeda collectaient ces données pour localiser les militaires et perpétrer des attentats. Marine Chatrenet a réalisé un rapport en 2008 pour le centre d’études en sciences sociales de la défense. Elle y dresse une typologie de ces journaux de bord qui, nourrit de photos et vidéos livrent des détails sur les camps, les manœuvres et les interventions militaires. « Si les médias en OPEX – opérations extérieures – sont encadrés et ne peuvent pas tout filmer, les militaires, avec de simples appareils, ont une marge de manœuvre supérieure et surtout l’exclusivité de certaines images » ceci grâce aux téléphones portables qui intègrent ont la définition augmente en même temps dont la discrétion et la capacité de stockage augmentent et qui permettent d’illustrer des propos édités en ligne, souvent dans le plus parfait anonymat et sans aucun contrôle possible de l’armée.

Au Canada, le général de brigade Peter Atkinson a déclaré : «Aujourd’hui, avec la vitesse de la technologie, nous fournissons quasi instantanément à l’ennemi le bilan des pertes lors des combats. Nous devons rendre l’effort de renseignement à l’adversaire aussi difficile que possible.» Le brigadier général assure que 80 % des informations qu’obtiennent les talibans proviennent d’Internet. Début 2008, l’armée canadienne demandait à ses soldats de ne publier aucune photo, ni information personnelle sur les sites de réseaux sociaux en raison des risques avérés d’attentats.

La plupart des militaires inscrits sur des sites comme Facebook ont donc réduit les informations les concernant au maximum, mais après avoir réalisé un test, il s’avère que les personnes sélectionnées au hasard, sont inscrites sur de nombreux autres sites et que l’on arrive à reconstituer des profils assez précis avec leurs photos, leurs emails, amis, famille et bien d’autres détails personnels. En février 2009, le ministère de la défense britannique a donc interdit aux soldats l’accès à tous les sites de réseaux sociaux (Facebook, MySpace), mais aussi aux blogs et plus surprenant aux sites de jeux en ligne. Une décision très mal perçue par les militaires qui se sentent à nouveau isolés et dont la majorité a décidé de ne pas obéir aux ordres.

Une campagne de sensibilisation permettrait de mieux accepter des décisions qui peuvent paraître frustrante après quelques années de totale liberté d’expression sur le net.

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