Les ambitions africaines de la Russie

Continent pivot lors des confrontations est/ouest pendant la Guerre froide, la Russie tente de s’impliquer à nouveau en Afrique. TTU a déjà évoqué, lors des dernières semaines, le retour en force du renseignement russe en Afrique francophone, comme le Congo ou la RCA, mais aussi le travail d’influence mené sur les réseaux sociaux ciblant la diaspora. Cependant l’approche russe est plus globale et ambitionne de réinvestir les trois zones stratégiques que sont l’Afrique australe, la Corne africaine et la BSS.

Investissements, projets énergétiques, contrats d’armements à coûts réduits sont les trois thématiques avec lesquelles Sergueï Lavrov a tenté de séduire ses interlocuteurs lors de sa tournée en Ethiopie, en Namibie, au Mozambique, au Zimbabwe et en Angola. Mais, contraint par le poids des investissements chinois et occidentaux, le projet se veut avant tout politique. En échange d’un soutien en matière d’antiterrorisme, et d’une défense appuyée des intérêts de ses hôtes au sein des institutions de l’Onu (Conseil de sécurité inclus), Moscou cherche à intégrer l’AFRIPOL, en charge de la coordination policière sur le continent.

En revanche dans la BSS, la posture russe se veut résolument plus agressive. Si Alger prend peu à peu ses distances à l’égard de Moscou, en raison du rapprochement avec Paris et le G5 Sahel, et de la découverte des corps de combattants du Front Polisario dans le crash d’un avion russe sur son territoire en avril 2017, Moscou surenchérit. La dépendance d’Alger à l’égard de la BITD russe permet à Moscou d’accroître la pression pour obtenir le leasing d’une partie de la base navale de Mers el-Kébir. Mais surtout le Kremlin considère l’échiquier sahélien comme partie intégrante de sa stratégie sur le continent européen.

Utilisant jusqu’à présent, et discrètement, Alger comme proxy dans son soutien au Front Polisario, la Russie a récemment radicalisé sa position tant à l’égard du Maroc que de l’Union européenne, en recevant officiellement, fin mars, à Moscou une délégation du front Polisario conduite par Mhamed Khaddad, qui a rencontré le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov. Ils y ont débattu notamment de l’autodétermination du peuple sahraoui et du mandat de renouvellement de la Minurso.

 

Articles similaires :
Partagez ce contenu :