Le «retour» de l’artillerie

Toujours capable de délivrer une puissance de feu «brutale» quand il le faut, l’artillerie est aussi devenue, avec l’arrivée du Caesar, un outil plus polyvalent à même de frapper de façon beaucoup plus fine, plus précise et plus dynamique un adversaire aux modes d’action changeants.

C’est le constat du colonel Jordan, chef de corps du 40régiment d’artillerie de Suippes et patron, d’octobre 2017 à février 2018, de la Task Force Wagram déployée en Irak. Sa mission : appuyer les forces irakiennes dans la libération des derniers bastions de Daech dans la moyenne vallée de l’Euphrate.

Lors d’un retex présenté cette semaine à la presse spécialisée, il est revenu sur le travail très remarqué des artilleurs français aux côtés de leurs alliés irakiens et américains. En soulignant d’abord le rôle de la Strike Cell basée à Bagdad, essentielle pour la bonne complémentarité avec les autres moyens employés : choix des bons effecteurs, bonne coordination des moyens et opérations de déconfliction (gestion de l’espace aérien en temps réel)…

Si l’appui-feu artillerie s’est révélé, d’une façon générale, essentiel à la manœuvre irakienne et aux opérations de la coalition, le «professionnalisme des artilleurs français» et la «remarquable efficacité du canon Caesar» ont fait forte impression. D’autant que les conditions météorologiques ont été très dures, avec des alternances de grandes chaleurs, de froids intenses et de pluies diluviennes. Sur ce point, le colonel a souligné l’importance et l’efficacité de la station météo SEPHIRA.

Au total, sur la période, les batteries Caesar ont réalisé 91 missions de feu, tirant 1 448 obus avec près de 80% de tirs d’emblée sans correction et pas d’incidents majeurs. Une performance saluée par les Américains, qui ont loué la maîtrise française de la chaîne artillerie (transmission de données, météo, calcul des éléments de tir…). D’autant que la TF Wagram a dû s’adapter à un adversaire aux stratégies changeantes : à la phase initiale très cinétique, visant à libérer la vallée de l’Euphrate avec de nombreuses actions de freinage de l’ennemi, a succédé une phase contre-insurrectionnelle contre des éléments de Daech multipliant les modes d’action insurrectionnels : cache, mobilité, feux indirects et attaques suicides.

Les Caesar ont alors montré toute leur efficacité en soutien des missions de contrôle de zone et de ratissage de l’armée irakienne, avec des portées et des cadences de tirs bien supérieures à celles des obusiers M777 et Paladin américains. Et lorsque la portée n’était pas suffisante, les batteries Caesar, appuyées par des éléments de protection et de génie US, ont mené des raids d’artillerie dynamique pour se rapprocher, de nuit, de leurs objectifs.

Des faits d’armes auraient suscité l’intérêt des partenaires et alliés pour l’expertise française en matière d’artillerie (demande de retex, intérêt pour des coopérations futures) et convaincu toujours plus d’élèves officiers de l’armée de Terre de se tourner vers l’artillerie… Mission réussie !

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