Le nouvel environnement du MCO terrestre

Par Bruno Rambaud

Président du GICAT (Groupement des industries françaises de défense terrestre)

Bruno Rambaud
Le 10 mars 2009, le GICAT a invité les représentants de l’Etat et ceux de l’industrie impliqués dans le soutien logistique des matériels terrestres en rassemblant, pour la première fois, de nombreux acteurs étatiques (EMAT, DCMAT, STAT, SCAM, DGA, CGA, EMA) et industriels. 230 personnes, dont 150 de l’industrie, ont participé à cette journée articulée autour de quatre thèmes : politique et contractualisation du soutien, partenariat Etat/industrie, vente des matériels d’occasion à l’export ou démantèlement. Les échanges et témoignages ont permis d’éclairer les choix qui peuvent être variés.

Les deux réformes emblématiques que sont le Livre blanc et la Revue générale des politiques publiques (RGPP) invitent l’armée de Terre à réduire ses effectifs et à modifier son mode de fonctionnement pour conserver son efficacité opérationnelle : rénovation en cours des structures de maintenance (SIMMT et SMITER) et mise en œuvre de la nouvelle Politique d’emploi et de gestion des parcs, la PEGP.

Le parc de l’armée de Terre est constitué de matériels de nouvelle génération et de nombreux équipements anciens, ce qui concourt à une augmentation constante du coût du maintien en condition opérationnelle (MCO). La part du MCO allouée à l’armée de Terre sur la période de la Loi de programmation militaire (LPM) 2009-2014 serait d’environ 3,9 milliards d’euros, soit en moyenne 650 millions d’euros par an de commandes aux industriels. Malgré cet effort de dotation, il manquerait 250 millions d’euros d’ici la fin de la LPM. La maîtrise de la facture du MCO constitue donc un enjeu majeur. Elle nécessite la mise en œuvre d’une politique volontariste, rationnelle, et cohérente.

Le soutien des matériels terrestres était, ces dernières années, confié à l’industrie à hauteur d’un quart du total, le reste couvrant les dépenses étatiques (management et ateliers). Ces proportions (1/4, 3/4) incitent à aborder la problématique dans son ensemble en faisant participer les acteurs ministériels et interministériels chargés de la régulation de ces domaines pour construire un partenariat performant.

Le séminaire a permis d’échanger sur les grandes lignes d’une politique du soutien des matériels terrestres, fonction du type de matériels et de leur emploi opérationnel. En particulier, l’armée de Terre y reconnaît la possibilité de réduire son degré d’engagement technique pour les matériels les plus simples et les moins projetables. Ont également été évoquées des études amont sur quelques thèmes techniques (télémaintenance, obsolescences, et plus généralement le développement du préventif et du prédictif pour réduire le curatif). L’importance des échanges de données (Retex), entre le monde industriel et le monde étatique, comme celle des systèmes d’information logistiques a été soulignée. Les travaux de la RGPP qui comprennent les thèmes précités se poursuivent, leur ouverture à la participation de l’industrie peut toujours être utile.

Pour la stratégie d’acquisition du soutien, le séminaire a aussi permis de mettre en exergue les avantages et les inconvénients de l’approche verticale (par système) et horizontale (par sous-ensemble ou technologie). La SIMMAD (responsable du maintien aéronautique) en a validé la pertinence et leurs combinaisons possibles. Il y a eu jusqu’à présent très peu de contrats horizontaux de MCO dans le domaine terrestre. Le programme Scorpion pourrait relancer cette deuxième approche via la contractualisation de la performance capacitaire de l’unité Scorpion.

Une inquiétude largement exprimée : quelle place des PME dans le MCO avec la globalisation des contrats ?

Sur les partenariats Etat-industrie possibles, toutes les parties partagent l’intérêt d’étudier les enseignements du modèle allemand HIL qui permet un accompagnement optimisé de la baisse des effectifs étatiques avec une crossfertilisation des compétences publiques et privées. La MMAé (Mission de modernisation de l’aéronautique) et son partenaire le GIFAS ont prouvé, dans le domaine aéronautique, leur efficacité pour préparer les décisions d’externalisation éventuelles basées sur les études de coûts complets.

L’armée de Terre ayant décidé le retrait rapide de matériels «hors format», la valorisation de ce flux sortant de matériels d’occasion présente un intérêt certain pour l’Etat et l’industrie (notamment les PME). Il y a là, à travers la vente à l’export et le démantèlement, des opportunités politiques, industrielles et financières. Définir et mettre en place une structure ad hoc apte à gérer et valoriser les flux de sorties, les demandes de clients, la détermination d’un juste prix de marché, la prise en compte des aspects réglementaires, développer le pôle national «démantèlement», telles sont les suites à donner.

L’armée de Terre transforme son organisation du soutien, l’industrie se doit de l’accompagner pour faire face aux enjeux précités et pour répondre aux fortes attentes de ses adhérents et de ses partenaires étatiques. Favoriser des suites concrètes à ce séminaire et toujours renforcer le partenariat Etat-industrie est une priorité du GICAT. Notre groupement est naturellement disponible pour poursuivre les travaux préparatoires et les recommandations qui ont fait de ce séminaire un succès partagé !

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