Le Niger au cœur des opérations américaines

Si Africom vient de neutraliser un rouage critique de la logistique d’AQMI, en la personne de Moussa Abou Daouh, dans la zone grise du sud-ouest libyen (près d’Ubari), c’est bien le Niger qui devient peu à peu l’épicentre de la guerre contre le terrorisme à laquelle se livrent les forces spéciales américaines sur le continent africain.

Présents depuis 2013, les bérets verts entraînent les commandos nigériens aux opérations de capture depuis Ouallam, près de la frontière malienne, Aguelal, près de l’Algérie, Dirkou, sur la route vers la Libye, et Diffa, à la frontière tchadienne. Au moins 800 militaires américains et contractors y séjournent aujourd’hui, et de nouveaux renforts devraient arriver prochainement avec la construction de la base destinée à accueillir des drones Reaper à Agadez, à l’intersection de la zone des quatre frontières. Une base qui complète celle de Garoua installée au Cameroun, à 30 km du Niger.

Depuis 2016, près de 46 attaques ont eu lieu à proximité d’Ouallam, la plupart revendiquées par le groupe GSIM affilié à AQMI et non par l’Etat islamique dans le Grand Sahara, malgré les affirmations du Pentagone.

Les opérations antiterroristes qui se sont multipliées depuis l’attaque des bérets verts le 4 octobre ont crispé les relations entres tribus, en disputes récurrentes autour des troupeaux, des points d’eau et des terres allouées. Ainsi, les répressions visant les Peuls à Tahoua et Tilabéri n’auraient fait qu’alimenter la stratégie de pénétration d’AQMI ciblant cette ethnie dont les couloirs de transhumance sont utilisés par les réseaux logistiques djihadistes.

Depuis, l’Ussocom concentre ses opérations autour du Lac Tchad et ce n’est que le 15 mars que le Pentagone a déclaré que des bérets verts avaient essuyé une seconde attaque d’envergure, peu avant Noël, dans laquelle onze djihadistes de l’EI auraient été neutralisés.

Depuis cet automne, la zone est en effet devenue un sanctuaire pour les militants de retour d’Irak et de Syrie. Pourtant, une campagne commence à se structurer dans la presse américaine et dans certains cercles du Congrès, qui craignent que l’armée américaine ne devienne la force de police du continent et de là, prisonnière d’une dérive à l’ «afghane». Ces opérations seraient en effet menées dans la plus grande opacité, et toujours dans le cadre de plus en plus fragile de l’Authorization for Use of Military Force de 2001 qui a précédé l’invasion en Afghanistan.

Si l’Ussocom a désormais renforcé ses opérations dans 49 des 53 pays africains, il va lui falloir désormais démontrer que les groupes djihadistes pourchassés sont en mesure d’attaquer le sol américain.

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