Le GAM dans Serval : la “foudroyance” en action

Le colonel Frédéric Gout, chef de corps du 5e régiment d’hélicoptères de combat et actuellement en charge du GAM (Groupement aéromobile), explique que la spécificité du théâtre sahélien tient à la fulgurance dans l’action menée par la force Serval.

«Nous avons surpris nos adversaires. Etant désorganisés, ils sont actuellement en fuite et renoncent à combattre, car le rapport de forces est trop déséquilibré. Nous faisons face à un ennemi déstabilisé qui ne s’attendait pas à avoir une telle concentration de forces agissant avec autant de mobilité contre lui. Il a donc pris la décision salutaire de rebrousser chemin, ainsi que nous avons pu le constater à Tombouctou. (…) La décision a été prise d’aller chercher les forces d’AQMI jusqu’au bout dans leurs caches, afin de leur ôter au maximum toute possibilité de se réorganiser. Voilà pourquoi nous ne nous arrêtons pas aux points d’appui de Tombouctou et de Gao.»

Actuellement en phase de montée en puissance avec un deuxième GTIA qui arrive et un troisième en préparation, la force Serval a agi très vite avec le GAM comme pion clé de la manœuvre, dont la mission est, en plus d’actions autonomes, «d’appuyer les GTIA soit en phase offensive de type reconnaissance ou raid, soit en phase d’appui : nous avons par exemple renseigné et appuyé par le feu le saut du 2e REP, afin de lui permettre de se regrouper dans les meilleures conditions». La cadence du tempo opérationnel et les élongations à couvrir représentent le défi majeur et «préservent les moyens de manœuvre quelles que soient les conditions», donc en situation dégradée, s’avère la préoccupation constante du colonel Gout.

A Gao, ces jours derniers, ce ne sont pas moins de trois cents hommes et une vingtaine d’hélicoptères qui se tenaient prêts à repartir après trois déménagements consécutifs par convoi routier et avion tactique de transport. Le commandant du GAM salue trois points positifs permettant le bon déroulement des opérations. Tout d’abord, la bonne réactivité du GAM : «Je dispose actuellement des moyens complets d’un régiment ou presque. J’ai tout avec moi : de la tour de contrôle et station météo aux camions de pompier et toute la maintenance pour tenir en autonomie pendant des mois.

Ce qui est extraordinaire est que nous avons quitté Pau et Bordeaux pour Bamako le 16 janvier avec tout notre détachement et notre matériel dans des ATS (Antonov et Airbus), le 26 janvier, nous étions cinq cents kilomètres plus loin à Sévaré, et le 6 février, encore cinq cents kilomètres plus loin à Gao. (…) Nous avons systématiquement, au fur et à mesure que nous progressons, trois jours d’avance en eau, vivres et munitions et la chaîne logistique doit assurer la relève pour que nous conservions en permanence cette avance. (…) Malgré la rapidité de la manœuvre, cette opération valide ainsi la capacité d’un groupement aéromobile, doté d’une vingtaine d’hélicoptères, à être déployé en autonome, quasiment sans préavis, avec seulement les moyens logistiques nécessaires à notre transport.»

Ensuite une coordination interarmées bien rôdée : le colonel Gout souligne le bon niveau d’intégration entre GTIA et GAM («il arrive que mon chef Ops soit dans le même VAB que le chef Ops du GTIA»), ainsi que «l’excellente coordination interarmées avec la Marine (ATL2), l’armée de l’air (chasseurs et JFACC) et l’armée de terre (forces au sol, forces parachutées et hélicoptères en appui)».

Le GAM a, par ailleurs, sous son commandement tactique direct deux Puma RESCO de l’armée de l’air, ce qui n’est pas un mode opératoire classique : «sous OpCom du JFACC et du CAOC pour la partie RESCO, ils sont extrêmement bien intégrés. Ils prennent plus particulièrement la mission EVS en raison de leur allonge un peu supérieure et je les mets à contribution exactement de la même façon [que les moyens ALAT].»

Enfin une coopération interalliés efficace : «Nous la ressentons énormément au niveau logistique. Pour transférer mon détachement sur Gao, j’ai bénéficié d’un ATT belge et d’un ATT danois et lorsque j’étais à Sévaré, j’avais deux Agusta 109 belges qui sont venus s’intégrer à notre détachement pour la partie évacuation sanitaire, en se calant naturellement sur nos briefings et heures de vol.»

Le GAM travaille également en étroite coopération avec l’armée malienne et une force africaine en train de monter en puissance. En ce qui concerne le développement potentiel de la menace IED, «on ne sent pas la même expérience qu’en Afghanistan — d’autant que la cadence des opérations n’est pas la même et a eu un effet déstabilisateur sur l’ennemi —, mais ce n’est que le début et tout dépend du temps qu’il aura pour se réorganiser. C’est là où la transition avec la force africaine est fondamentale», conclut le colonel Gout.

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