Le double front du GSIM

Capitalisant sur sa double attaque meurtrière à Ouagadougou début mars, qui avait conduit à la mort de huit membres des forces de l’ordre burkinabés, le Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) maintient la pression sur le terrain et travaille son image.

A défaut de son chef, Iyad Ag Ghali, décidément grand absent des actions de communications de l’organisation depuis l’annonce en mars 2017 de sa création, c’est dorénavant Djamel Okacha, alias Yahia Abou al-Hamam, le chef d’Al-Qaida dans le Grand Sahara, membre de la coalition, qui prend le devant de la scène – et avec, le titre officiel d’adjoint, ou vice-émir du GSIM. Dans un enregistrement récent, celui-ci appelle à la mobilisation l’ensemble de ses partisans, particulièrement maliens, pour s’opposer au projet de G5 Sahel porté «en désespoir de cause» par la France, et «voué à l’échec». Preuve en est : l’incapacité française, selon lui, à réunir les fonds nécessaires pour le financer, évalués à 450 millions d’euros – soit moins que «le prix d’un yacht du Prince héritier d’Arabie saoudite», Mohammed Ben Salmane, «ennemi d’Allah» et contributeur au projet à hauteur de 100 millions de dollars. Même attaque, inédite pour cette organisation, contre son homologue des Emirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed Al-Nahyan, qui apporte de son côté 30 millions de dollars.

Dans cette volonté de ratisser plus large, la coalition sahélienne d’Al-Qaida, via son agence de communication Al-Zallaqa, tente de s’afficher plus attractive dans sa communication, en empruntant les codes visuels et les effets techniques à sa rivale, l’Etat islamique. Ses dernières vidéos diffusées sur Telegram mettent par ailleurs en avant des figures plus jeunes, incarnant la nouvelle garde, pour démontrer les capacités du GSIM à assurer la relève des vétérans de l’ère AQMI et recruter de nouveaux combattants. Les nouveaux lieutenants montants, flambeau de cette nouvelle génération «Barkhane», comptent un Algérien, Said Al-Jazairi, un Mauritanien, Abou Dardaa Al-Chinguetti, et un Marocain, Said Al-Maghrebi.

Sur le terrain, c’est Kidal, la ville symbole de la défiance anti-Bamako et point de cristallisation de l’accord de paix d’Alger, qui a été choisie pour mener sa dernière opération. Un camp de la Minusma a été attaqué à la roquette le 22 mars, blessant cinq militaires de Barkhane, action aussitôt revendiquée. Objectif : démontrer sa capacité à peser politiquement sur le pays, à la veille de la visite du Premier ministre malien, Soumeylou Boubeye Maïga, une première depuis 2014, et à quelques jours des élections locales et régionales, enjeux de la laborieuse politique de réconciliation nationale.

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