Le déminage de la frontière tadjiko-ouzbèke a commencé

Si la visite à Paris ce début octobre 2018 du président ouzbek, Shavkhat Mirziyoev, est passée presque inaperçue ailleurs qu’à l’Elysée, le successeur de l’inamovible autocrate Islam Karimov, décédé il y a juste deux ans en septembre 2016 — après presque trois décennies d’immobilisme post-soviétique —, est bien décidé à faire bouger les choses dans ce pays qui, avec quelque 30 millions d’habitants, est le plus peuplé d’Asie centrale.

Sur le plan diplomatique la visite du président Mirziyoev — Premier ministre sous l’ère Karimov — a correspondu à l’annonce officielle faite le 6 octobre à Douchanbé, par le président du « Tajik Center for Strategic Research », Hudoyberdy Holiqnazar, que le déminage de sa frontière avec le Tadjikistan avait débuté et qu’il durerait jusqu’à fin 2019…

Ces mines, posées au cours de l’été 2000 côté ouzbek de la frontière, afin d’empêcher le passage des combattants rebelles du Mouvement islamique d’Ouzbekistan (MOI, proche d’Al-Qaida) vers le Pamir afghan et la frontière sud du Kirghizistan, ont provoqué au fil des ans plusieurs centaines de victimes civiles tadjikes (mais aussi ouzbèkes) tout en contribuant à envenimer durablement, depuis, les relations entre Douchanbé et Tashkent. Au point pour l’Ouzbekistan d’Islam Karimov d’avoir accru l’isolement du Tadjikistan en réduisant les passages autorisés vers ce pays en seulement deux points de la frontière ouest (Tourzounzade et Pendjikent) et à interdire les vols commerciaux entre les deux pays. Depuis la chute des talibans en 2001 à Kaboul, le MIO n’a plus de base arrière connue et utilise donc des bases sporadiques au Tadjikistan et au Kirghizistan, et ses membres pourchassés se sont repliés, depuis, dans les régions tribales du Pakistan.

En novembre 2009, Shokosim Shoislomov, l’ambassadeur ouzbek au Tadjikistan, confirma que son pays n’avait ni l’intention de déterrer ces mines ni d’en fournir une carte aux autorités de Douchanbé dans la mesure où ces mines étaient en territoire ouzbek dans les piedmonts déserts à l’est de la vallée du Sourkhan Darya et qu’elles n’avaient comme but que d’empêcher l’exfiltration des terroristes islamistes ouzbeks nourrissant tous les réseaux de combattants islamistes salafistes présents du Moyen-Orient à l’Asie centrale. Et les choses en étaient restées là durant toute l’ère Karimov. Les efforts limités du Tadjikistan pour tenter de déminer la frontière n’ont rien donné, à part conduire à la mort de deux démineurs et d’en blesser une vingtaine d’autres…

Répondant aux vœux du président Shavkhat Mirziyoev juste avant sa première visite d’Etat effectuée en mars dernier à Douchanbé à l’invitation de son homologue Emomali Rahmon, le nouveau Premier ministre ouzbek, Abdullo Aripov, avait annoncé en janvier 2018 que son pays remettrait aux autorités tadjikes en temps et en heure tous les plans des zones minées il y a bientôt deux décennies. C’est chose faite depuis le 7 octobre 2018 à la suite du déplacement à Tashkent de représentants militaires et des gardes-frontières tadjiks accompagnés de membres du « Tadjikistan Mine Action Center » financé par l’ONU et des ONG spécialisées. De nombreuses familles ouzbèkes du Tadjikistan vont ainsi pouvoir renouer les liens anciens avec l’Ouzbekistan, du temps où les deux pays étaient réunis dans l’Emirat de Boukhara avant 1920 et la révolution  soviétique.

Au cours des vingt dernières années, 374 civils tadjiks ont été tués par ces mines et 485 blessés. Certaines victimes l’ont été aussi côté tadjik par des mines posées et oubliées durant la guerre civile au Tadjikistan entre 1992 et 1997 et également le long de la frontière avec l’Afghanistan.

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