L’armée israélienne face à la menace des drones

L’armée israélienne considère que le drone est désormais l’une des principales armes aux mains des «terroristes». En moins d’un mois, trois de ces engins équipés d’explosif en provenance de la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, ont ainsi été retrouvés dans le sud de l’Etat hébreu. Aucun dégât n’a été constaté.

Par précaution, les militaires israéliens ont adopté un profil bas, en se contentant de publier un communiqué très vague pour ne pas affoler la population. Un officier reconnaît en privé que Tsahal ignore combien de drones ont été envoyés à titre de test avant de revenir à leur point de départ sans encombre. «Nous partons désormais de l’hypothèse que le Hamas utilisera des drones d’attaque lors de la prochaine confrontation», ajoute-t-il. Détail important : un mur de protection a été renforcé autour des dortoirs et cantines utilisés par les soldats qui opèrent les batteries de roquettes anti-roquettes «Iron Dome» près de la frontière de Gaza, par crainte d’une attaque de drones.

Les militaires redoutent également la chute de drones suicides équipés, par exemple, de grenades à fragmentation contre des localités israéliennes, des plages, des terrains de sport ou des tireurs d’élite qui sont déployés par dizaines le long de la clôture de sécurité séparant Israël de la bande de Gaza. Les militaires considèrent toutefois que le Hamas n’utilisera massivement des drones armés qu’en cas de guerre, sachant pertinemment que le recours à ce genre d’appareil constitue un casus belli.

En attendant, les autorités israéliennes tentent de trouver des parades. L’une d’elle consiste à éliminer les experts et techniciens qui planchent sur la mise au point de drones d’attaque. En décembre 2016, un ingénieur palestinien, Mohammed al-Zawari, a été assassiné en Tunisie. Il développait de petits engins également conçus pour des missions de reconnaissance. Un autre ingénieur employé par le mouvement islamiste palestinien, Fadi al-Batsh, spécialisé dans la mise au point de communications codées entre les opérateurs et les drones, a été assassiné en avril dernier en Malaisie.

Le service du ministère de la Défense chargé du contrôle aux postes-frontières, notamment de la bande de Gaza, a saisi, depuis le début de l’année, soixante drones prêts à l’usage et quatre cents en pièces détachées. La majorité de ces équipements ont été achetés en ligne auprès d’entreprises comme Ali Express. La plupart du temps, ces drones ou pièces détachées sont dissimulés dans des boîtes de jouets.

Le Hamas dispose également d’un réseau d’ateliers, où ces drones sont adaptés à des usages militaires. Certains de ces appareils peuvent transporter une charge utile de quatre kilos. Le Hamas n’est pas le seul à miser sur les drones. C’est également le cas du Hezbollah libanais, téléguidé par l’Iran.

Ces engins présentent l’avantage d’être difficiles à repérer à distance : leur signature radar équivaut à celui d’un avion furtif et ils peuvent voler à très basse altitude sans faire de bruit. Ils présentent toutefois deux défauts : leur rayon d’action est limité et ils ont des difficultés à voler en cas de mauvaises conditions météorologiques. Les respon­sables militaires israéliens tentent de trouver la parade en bloquant leur système de navigation satellite. Mais les constructeurs et les utilisateurs améliorent sans cesse les protections, et les caméras peuvent être adaptées sur les drones, ce qui leur permet de se diriger vers leurs cibles sans système de navigation satellite.

Pour sa part, Elta Systems, une filiale d’Israel Aerospace Industries (IAI), a mis au point et vendu aux Etats-Unis des systèmes capables de prendre le contrôle des communications de drones, tandis que plusieurs start-up israéliennes planchent actuellement sur le développement de drones intercepteurs.

Environ 70 % du marché mondial des drones est contrôlé par la compagnie chinoise Da Jiang Innovation (DJI), qui compte l’armée israélienne parmi ses clients. Ces appareils sont bon marché et peuvent être acquis en grande quantité. Mais cette dépendance suscite une certaine appréhension au sein de Tsahal, qui redoute que les services de renseignements chinois puissent un jour contrôler et perturber les fréquences des drones acquis par l’Etat hébreu.

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