L’Armée de l’Air dit adieu au Mirage 2000N

Au terme d’une carrière opérationnelle de trois décennies, les derniers chasseurs-bombardiers Mirage 2000N de l’armée de l’Air s’apprêtent à quitter définitivement le service cet été. Un adieu officiel remarqué a été fait à cet emblématique serviteur des Forces aériennes stratégiques (FAS), le 21 juin dernier, sur la BA 125 d’Istres, en présence de très nombreux anciens des quatre escadrons de chasse qui, au cours des ans, ont assuré la permanence de la dissuasion française avec le missile à tête thermonucléaire de 300 kt ASMP. Dans un premier temps, aux côtés des derniers Mirage IV P jusqu’en 1996, puis, seuls à compter de cette date, et enfin à partir de 2009 avec le missile amélioré ASMP-A.

De 1996 à 2010, c’est l’âge d’or du 2000N, avec un effectif de trois escadrons de 20 avions opérationnels chacun, soit 60 avions en ligne. Parfaitement polyvalents, ils peuvent basculer sans préavis de la mission conventionnelle d’attaque au sol à la mission nucléaire stratégique. Ravitaillable en vol, bien pourvu en systèmes de navigation autonome et en moyens ECM, capable de voler à 600 nœuds à 200 pieds d’altitude en suivi de terrain automatique grâce à son radar Antilope V, l’avion est resté très fiable, et les équipages parfaitement rôdés à remplir toutes les missions requises, lesquelles, quoique extrêmement exigeantes, n’ont eu à déplorer la disparition en service aérien commandé que de trois équipages — toujours à l’entraînement — pour treize avions perdus lors d’accidents en trente ans — la plupart précédés d’éjections réussies. Soit un taux d’attrition resté en dessous des calculs les plus pessimistes de l’état-major.

Survivants de 30 Mirage 2000N portés au standard K3 à partir de 2008, un peu plus d’une douzaine de Mirage 2000N sont encore mis en œuvre à ce jour par l’Escadron de Chasse 2/4 «La Fayette» d’Istres, servis par douze équipages opérationnels sur avions au standard K3. Ces avions sont les survivants de 75 Mirage 2000N de série mis en service à compter de 1988, d’abord au sein de la FATac (Force aérienne tactique) avant que le relais ne soit repris par les seules FAS lors de la disparition de la FATac/1ère RA en 1994. Avec plus de 350 000 heures de vol à son actif sur trente ans, cette flotte s’est également illustrée à travers quelque 1 300 missions de guerre conventionnelle, à partir de 1996 en Yougoslavie et, notamment depuis 2015, quand la vingtaine de Mirage 2000N/K3 restants  ont vu leur capacité d’emport doublée avec la qualification de la configuration «quadri-bombes» qui a permis d’employer, depuis, l’avion en OPEX avec une tonne de bombes (4 GBU-12 de 250 kg) à chaque sortie, lors des opérations Chamal à partir de la Jordanie et Barkhane depuis le Tchad, ceci afin de soulager la charge des équipages de Mirage 2000D de la 3escadre de Nancy-Ochey très sollicités sur tous les théâtres. Les dernières sorties en OPEX du Mirage 2000N ont eu lieu entre décembre 2017 et fin mars dernier au Tchad, avec deux avions de l’EC 2/4 ayant réalisé près de 500 heures de vol en quatre mois avec le soutien de deux douzaines de mécaniciens et d’armuriers.

Comme l’a souligné dans son discours du 21 juin le général de corps aérien Olivier Taprest, major-général de l’armée de l’Air et ancien «patron» de l’EC 1/4 «Dauphiné», sur cet avion de combat : «Avec le Mirage 2000N, trente ans plus tard, nous pouvons dire que cet avion a remarquablement rempli sa mission, dont il a encore repoussé les limites, pour hisser la composante nucléaire aéroportée à un niveau de performance jamais égalé ». Maintenu en alerte opérationnelle FAS sur ses Mirage 2000N jusqu’à la fin août, le reste du personnel de l’EC 2/4 fera mouvement vers la BA 113 de Saint-Dizier dès la rentrée prochaine, afin d’y entamer l’ultime étape de sa transformation complète sur Rafale au sein de l’ETR 3/4 «Aquitaine», unité qui devrait reprendre également à son compte la mission d’instruction sur l’emploi du missile ASMP-A précédemment dispensée au sein du CFEN à Istres.

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