L’armée colombienne se redéploie en force sur la Côte pacifique

C’est la très médiatique gouverneure du Departamento (province) de Valle del Cauca, la doctoresse Dilian Francisca Toro Torres — une rhumatologue très connue en Colombie pour son action dans le domaine de la santé publique — qui a fait, le 30 janvier 2017, à Cali, l’annonce concernant le premier changement important de posture de l’armée nationale colombienne de l’ère « post-conflicto » ; après le renforcement en effectifs de la 10e Brigade blindée de Valledupar l’an dernier face à la frontière nord-est du pays avec le Venezuela voisin. Le Departamento de Valle del Cauca accueillera, dès cette année, à côté du seul grand port colombien ouvert sur le Pacifique — celui de Buenaventura, paradoxalement la ville la plus pauvre du pays  —, un important renfort sur la base militaire de Puerto Merizalde. Son rôle sera de restaurer la sécurité publique et maritime de cette région du pays, longtemps délaissée en raison de la longue guerre civile qui a mobilisé la majorité des moyens militaires gouvernementaux vers d’autres régions du pays (grand comme la France et l’Espagne).

Principal port du pays — par lequel passent 60 % de toutes les exportations et importations du pays et 80 % de sa production de café —, le port de Buenaventura est considéré comme l’une des villes les plus dangereuses du monde avec le taux de criminalité le plus fort du pays. Ce port (plus fluvial que maritime, situé loin de la mer et limité par des terrains boueux couverts de forêts impénétrables qui s’étendent jusqu’à l’océan Pacifique) est depuis longtemps resté une zone de non-droit, où se sont affrontés les rebelles des FARC, les forces gouvernementales, mais aussi les paramilitaires et les narcotrafiquants, dans une lutte interminable autour du contrôle des trafics d’armes et de la drogue. De Buenaventura, partaient notamment les vedettes rapides surmotorisées en direction du Mexique chargées de cocaïne servant à payer les monceaux d’armes chinoises ou nord-coréennes importées en fraude pour armer la rébellion réfugiée dans les régions montagneuses les plus isolées du pays. Il reste que, même si les accords de La Havanne de 2016 ont mis un terme à la présence locale des FARC, maints paramilitaires et «narcos» s’affrontent encore aujourd’hui à Buenaventura — premier centre d’exportation de la cocaïne — afin de mettre la main sur l’un des trafics qui irriguent toute l’Amérique du Nord et l’Europe. C’est dire si les forces armées colombiennes auront fort à faire à Buenaventura dans les mois et les années qui viennent.

Si la gouverneure Toro Torres ne s’est pas étendue sur le détail précis des moyens militaires qui seront affectés à la base militaire de Puerto Merizalde, on sait que l’Ejército Nacional de Colombia (ENC) compte y déployer des moyens de la División de Aviación de Asalto Aéreo (dotée d’hélicoptères UH-60 Black Hawk et Mi-17) et de la División de Fuerzas Especiales de Tolemaida, toutes deux spécialisées dans la lutte anti-narcos après avoir été en pointe dans la lutte antiguérilla durant la dernière décennie. S’y ajouteront deux bataillons de la FUDRA (Fuerza de Despliegue Rapido), capables d’opérer en milieux difficiles (marécages côtiers et forêts) avec des engins amphibies et divers autres moyens stationnés dans la région à Bahá Málaga, notamment des patrouilleurs de type OPV et fluviaux appuyés par des moyens aéronavals. Déjà victorieuse dans sa longue lutte contre la rébellion armée, l’armée colombienne compte bien s’acquitter de cette nouvelle tâche de restauration de la légitimité nationale avec succès, même si la décision de Bogotá d’octroyer à cette région plus de moyens sécuritaires arrive « fortuitement bien » pour le président Juan Manuel Santos à la veille d’élections parlementaires qui décideront en 2018 de l’avenir politique de la Colombie « post-conficto ». Sans lui mais avec ses partisans qui n’ont aucune certitude de voir leur vision pour un pays pacifié gagner en octobre prochain, tant reste fort en Colombie le rejet général de tout accommodement avec les anciens rebelles et leurs séides « narcos ».

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