L’argent caché des FARC assombrit le nouveau jeu politique

L’accord de La Havane signé en 2016, entre le gouvernement du Président Juan Manuel Santos et les chefs de la rébellion colombienne sous l’égide de l’Onu, qui a mis fin à une longue guerre civile (52 ans), ne résout pas tout. Loin de là. Une majorité de citoyens colombiens a, lors d’un vote public tenu en octobre suivant, rejeté cet accord, et l’entrée des anciens rebelles dans le jeu politique pour les élections présidentielles de juillet 2018 n’est pas chose gagnée, vu la résistance d’une large portion de l’opinion publique (80% de rejet au dernier sondage).

En particulier, l’injection dans la campagne politique des FARC — désormais rebaptisées «Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común» et représentées par une rose frappée d’une étoile rouge — des importants fonds secrets (un véritable «trésor de guerre») engrangés au fil des ans via le narco-trafic, les rançons et autres activités criminelles (sans compter les viols, les enlèvements, les déplacements forcés, le recrutement de mineurs) pose un véritable problème à l’actuel parlement de Bogota et attise les oppositions et les rancœurs. Mais également le questionnement des juges de la JEP (Justicia Especial para la Paz). C’est cette année que les Colombiens désigneront en effet les 268 membres du nouveau Parlement, au sein duquel l’accord de paix garantit dix sièges au parti des FARC. Ils éliront ensemble le successeur du président Juan Manuel Santos qui, après deux mandats, ne peut légalement se représenter.

Après le désarmement de plus de 7 000 guérilleros achevé le 15 août dernier, sous contrôle de l’Onu, le but avoué du parti des FARC est de «faire tomber démocratiquement la constitution de 1991». Les FARC ont toutefois renoncé à présenter leur propre candidat mais ils se sont engagés à soutenir celui qui défendra au mieux l’accord de paix. L’ex-rébellion aura toutefois beaucoup de difficultés à réunir les suffrages, tant elle souffre d’une image particulièrement négative auprès de la population du pays. Les Colombiens restent marqués par les massacres et les enlèvements contre rançon qu’elle a commis et près de 1 400 ex-guérilleros restent actuellement en prison suite à leur condamnation par la justice du pays.

Rappelons que depuis 1964, la guerre civile s’est soldée par plus de 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés pour un pays passé en un demi-siècle de moins de 20 millions d’habitants à près de 50 millions en 2018. Pour beaucoup de citoyens colombiens, rien n’est vraiment réglé et les rebelles restent des criminels quel que soit leur nouveau nom et même si l’accord de La Havane prévoit que les ex-guérilleros bénéficieront de peines alternatives à la prison s’ils disent la vérité et dédommagent les victimes.

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